Voici des raisons clés pour lesquelles certains jeunes africains lisent peu

raisons pour lesquelles les jeunes ne lisent plus en Afrique_Muna Kalati

Les facteurs ou raisons, pour lesquelles l’intérêt pour la lecture est faible ou inexistant chez certains jeunes africains ou  camerounais, varient. Ces facteurs peuvent être économiques, biologiques, politiques ou sociaux mais nous n’évoquerons que les grandes lignes transversales, notamment :

La faible accessibilité au livre jeunesse.

Le livre jeunesse en Afrique est aussi rare que de l’eau dans un désert. @Freepik

C’est assez paradoxal, mais ce n’est qu’en Afrique où le livre africain est une denrée rare alors que celui d’Ailleurs fourmille. Trouver des livres africains pour la jeunesse (Bande dessinée, Album, roman  jeunesse…) c’est comme fouiller dans une botte de foins. Et si vous parvenez àven dénicher, le cout, parfois exorbitant, désarme les plus grandes volontés. Le constat est clair : le livre produit en Afrique est généralement plus cherque celui importé.

Peu  d’activités de médiations autour du livre.

Les activités de médiation, peu nombreuses et parfois mal exercées, ne cadrent pas avec les pratiques contemporaines de la jeunesse. Les centres de documentation et d’animation culturelle intègrent peu ou prou le numérique dans l’offre jeunesse. Toutes les bibliothèques scolaires ne disposent point d’espace multimédia adapté aux besoins des lecteurs.

Il y’a également une nécessité pour les professeurs de lire eux-mêmes les livres de jeunesse pour donner un certain goût de la lecture aux élèves. Le plus souvent, les enseignants ne connaissent pas la littérature. Or on ne peut pas amener une classe à lire si soi-même on ne fait pas le chemin.

Une offre peu variée

L’offre de lecture pour la jeunesse est faible et peu variée, allant du roman simple à la bande dessinée, en passant par la littérature classique et les ouvrages de référence. Les entretiens effectués en 2016 lors de mes recherches de thèse sur le livre jeunesse, ont révélé des besoins diversifiés en fonction du niveau de chaque catégorie de jeunes, voire de la classe sociale.

La nature ou qualité de l’offre disponible.

Zembla, une de mes BD préférées durant l’enfance. 

Comme sus-évoqué, la majorité des livres jeunesse disponible en Afrique, ou du moins au Cameroun, sont étrangers. Les Bandes Dessinées belges, françaises ou japonaises comme Zembla, Picsou, Rodéo, Dragon Ball Z, One Piece… ont contribué à la construction de mon imaginaire.

Mais cette étrangéité au niveau des contenus peut également constituer une barrière à la lecture.En effet, la lecture peut sembler une activité de peu d’intérêt pour des élèvesqui ont rarement l’opportunité de s’identifier[1] aux personnages. Il est possible de voir chez ces élèves un désengagement pour toutes activitésassociées à la littératie s’ils ne parviennent jamais à se reconnaitre[2] dans les textesqui leur ressemblent et dont les histoires reflètent leur culture et leursexpériences personnelles[3].

Lorsqu’un jeune camerounais ou africain constate que la lecture peut apporter des réponses à des questions qu’il se pose sur la vie, cela peut accroitre la motivation às’intéresser à cette activité. La motivation est un élément déterminant pour laréussite de l’élève qui apprend à lire[4].

L’intérêt des jeunes camerounais pour la lecture est un facteur déterminant pour le futur de la Nation. Le livre est un outil transversal d’accès à la culture et à la connaissance, et en tant que tel, constitue un enjeu de pouvoir. Une approche holistique est fondamentale pour lutter durablement contre ce « fléau ».

D’une part, le gouvernement déjà conscient de l’intérêt du livre et de la lecture, doit prioriser le secteur de l’édition jeunesse qui est essentiel dans la préparation et la mise en place des fondations. Au niveau du public, il es timportant de savoir que la littérature aide les enfants à se comprendreeux-mêmes et à s’ouvrir à la diversité culturelle[5] et le rôle desparents, des enseignants et des éducateurs peut être déterminant.

Ces adultes doivent être bien avisés afin de soutenir le développement de l’esprit critique des enfants dont ils ont la responsabilité. Car comme le relève Bruno Bettelheim et aussi Henriette Zoughebi: « Quel que soit leur origine, leur histoire, leur rapport à l’écriture, les parents savent que la réussite deleurs enfants passe par leur rapport à l’écrit.». Au niveau de la société civile, Muna Kalati  œuvre dans ce sens en proposant aux jeunes des repères africains de lecture et en informant ou sensibilisant les éducateurs sur les retours positifs de la littérature jeunesse. 

En définitive, la littérature d’enfance et pour lajeunesse au Cameroun, est soupçonnée de n’engendrer que des productions, et nondes œuvres. On la soupçonne de fonctionnalité, puisqu’elle a pour objectifs d’instruire et d’éduquer ses lecteurs. Des soupçons qui jusqu’à présent n’ont point été scientifiquement confirmés ou infirmés faute d’études statistiques sur les pratiques culturelles des jeunes camerounais.

Comme nous l’avions précédemment évoqué dans cet article, il n’existe que des considérations générales sur la représentation de la lecture auprès des lecteurs. On ignore donc le profil de lecteur, les habitudes et encore moins le rôle véritable des parents dans la transmission de la lecture auprès des enfants camerounais. Un vide que Muna Kalati entend combler, progressivement mais surement.

Rejoignez-nous si vous aimeriez contribuer à cette aventure à travers vos articles, notes de lectureou recommandations pour la promotion de la littérature d’enfance et de jeunesseau Cameroun. 

Existe-t-il un facteur que ce billet n’a pas couvert? Pourquoi votre intérêt pour le livre et la lecture s’est-il amoindri? Prière de partager votre expérience de lecteur avec nous? C’est très important pour nous ! 

Afropolitainement vôtre… ! 

Notes et références


[1] Flake Sharon. « Who Says Black Boys won’t read? Journal of Children’s literature. N°34, pp. 13-14. En ligne : http://connection.ebscohost.com/c/articles/31869917/who-says-black-boys-wont-read]. Consulté le 05.09.2016 à 05:18.

[2] Anne-Marie DIONNE, « La mosaïque culturelle du Canada dans la littérature de jeunesse de langue française : une analyse des albums, de 2003 à 2012, in Etudes Ethniques au Canada, CES Volume 46, n°2, 2014, pp. 75-98.

[3] Pouliot Suzanne, « Les personnages africains dans la littérature québécoise de jeunesse. », vol. 7, 2005, p. 22‑37.

[4] Jocelyne Giasson, La lecture: apprentissage et difficultés., Boucherville, Gaetan Morin, 2011, p.41.

[5] Mingshu Cai, Transactionnal Theory and the Study of Multicultural Literature. In Language Arts, n°85, 2008, pp. 212-220.[

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