Le role des bibliothèques jeunesse dans la prévention de la crise identitaire au Cameroun

La bibliothèque est l’un des principaux lieux de rencontre ou médiation entre l’enfant et le livre. C’est un espace « classique » où s’installe le dialogue complice entre le livre et l’imaginaire des jeunes, une porte vers les mondes de l’impossible. Un lieu où on peut consulter le monde. C’est à la bibliothèque que le jeune lecteur vient souvent se réfugier, à l’abri des perturbations, du bruit et même des ennuis.

C’est donc un espace réputé pour sa tranquillité  où l’élève peut se rendre pour faire ses devoirs ou lire tel ouvrage recommandé par son enseignant. Mais est-ce souvent le cas au Cameroun ? Y retrouve-t-on suffisamment de bibliothèques pour la jeunesse ? Le peu de bibliothèques existant contribuent-ils effectivement à l’éducation de jeunes citoyens responsables, actifs et autonomes ?

La question des bibliothèques scolaires et de jeunesse est fondamentale pour faciliter l’accès au livre et développer la culture de la lecture au Cameroun.

Il est inconcevable qu’une nation aussi réputée dans le secteur des Arts et de la Littérature, ne dispose pas suffisamment de centres de documentation ou d’espaces de rencontre entre les jeunes et le livre.

Christian Elongué

Comment s’attendre à ce que les jeunes soient des citoyens responsables sans connaitre véritablement l’histoire de la Nation ?

Avec les salles de classes aux effectifs pléthoriques, la bibliothèque est un espace de remédiation pouvant leur permettre de complémenter leur compréhension du passé, du présent et du futur.

Tout livre, au-delà des connaissances, transmet des valeurs pour permettre au lecteur de devenir une meilleure version de lui-même. Exposer les jeunes très tôt à de « bons » livres ne peut que leur permettre d’acquérir les compétences et développer les comportements utiles à une citoyenneté responsable.

Par exemple, la crise sociopolitique qui sévit depuis Octobre 2016 au Cameroun, perdure également parce qu’il existe un vide de connaissance et conscience historique sur la période des indépendances.

En effet, la majorité des camerounais d’expression française ignorent les conditions réelles ayant conduit à l’unification des deux parties du Cameroun. Cette méconnaissance du passé, inhibe donc l’action au présent, et cela menace l’avenir de la nation camerounaise. Or si les bibliothèques scolaires ou de jeunesse étaient répandues, et contenaient des ouvrages pertinents sur l’histoire nationales, elles auraient indirectement contribué à une meilleure conscience historique et une résolution plus rapide et holistique de la crise sociopolitique actuelle.

Créer une politique du livre jeunesse, prenant en compte les bibliothèques jeunesse, est une autre démarche pour remédier progressivement à ce déficit de conscience historique et citoyenne lié à la lecture. Le livre jeunesse, par son caractère instructif, est un outil idéal de développement del’esprit civique pour les jeunes camerounais.

Christian Elongué, en pleine lecture à l’AfC, 2011

Par exemple, je me souviens qu’à l’époque, ce sont mes lectures à la Bibliothèque de l’Alliance Franco-Camerounaise de Dschang, qui m’avaient permis d’avoir une meilleure connaissance et valorisation de la liberté, car ayant lu les récits historiques des luttes d’indépendance des nationalistes camerounais et Africains.

Il est donc important que les gouvernants, notamment ceux responsables de la promotion du livre et de la lecture au Cameroun, établissent des politiques innovantes sur le livre jeunesse, et créent davantage de bibliothèques jeunesses pour en faciliterl’accessibilité. Au-delà des bibliothèques, des activités de lecture comme celles menées à travers les bibliobus, doivent être démultipliées et régulières pour un impact optimal.

image bibliobus ici

Nous conclurons sur ces propos de Christophe Tadja, coordonnateur du SEED, qui résume son expérience lors de l’organisation du concours des meilleures bibliothèques au Cameroun : «Bien des personnes rencontrées dans la perspective d’un partenariat pour le Prix, y compris de hauts cadres du ministère des Arts et de la Culture, nous ont fait savoir que notre projet était inutile. Nous pensons, bien au contraire, qu’il est urgent que la conscience collective s’active davantage et que les retards soient rattrapés. Et cela passe par une éducation de qualité, la vraie : celle qui dote véritablement à chaque établissement scolaire, universitaire, mairie, d’une bibliothèque digne de ce nom[1]».


[1] Quinones Viviana, « Un prix pour dynamiser les bibliothèques du Cameroun | Takam Tikou », consulté le 12 mai 2019, http://takamtikou.bnf.fr/vie_des_bibliotheques/2016-11-18/un-prix-pour-dynamiser-les-biblioth-ques-du-cameroun.

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