A propos de la légitimation de la littérature d’enfance et de jeunesse au Cameroun

Muna Kalati, Institution littéraire jeunesse

L’édition jeunesse est une filière des industries culturelles en quête de reconnaissance sur le continent africain. La documentation y afférente est donc rare et celle existante est parsemée.

Au Cameroun, la littérature enfantine et de jeunesse (LEJ) occupe une faible place dans les ouvrages consacrés à l’histoire littéraire nationale.

Déjà, en 1979, dans la quatrième édition de la Bibliographie des auteurs africains de langue française, Eno Belinga et Jacqueline Chaveau-Ravut ne prévoient point de place pour les auteurs pour enfants.

En 1982, Paul Dakeyo, ne mentionne point la spécificité des poèmes destinés aux enfants dans son anthologie de la poésie camerounaise Poèmes de demain. En 1984, Jean Claude Engoulou, bien qu’ayant reconnu, dans son Mémoire sur La Problématique de la Lecture au Cameroun, que le livre pour enfants est un « secteur vital et sensible pour le développement [1]», il n’y consacre que quelques lignes…

En 1995, Jean Louis Joubert et Jacques Chevrier[2], ne s’attardent point spécifiquement sur les auteurs ou écrivains jeunesse dans leur anthologie des écrivains francophones du XXème siècle, idem pour Lylian Kesteloot dans Histoire de la littérature négro-africaine (2004).

En 2013 André Ntonfo, dans un article sur la « Littérature camerounaise en français : Voix et voies d’aujourd’hui » entreprend de dresser « l’inventaire de ces voix qui s’élèvent aujourd’hui dans l’espace littéraire camerounais et qui préconisent une conception nouvelle de la chose littéraire […] »[3]. Mais la voix des auteurs illustrateurs jeunesse y est inaudible.

En 2013, seuls Thomas Tenjo-Okwen et Edward Ako, des critiques littéraires anglophones, mènent respectivement une analyse sur l’élaboration d’un « modèle de partenariat pour le développement et de promotion de la LEJ [4]». Ils réalisent par ailleurs une revue de littérature[5] assez intéressante sur le sujet.

En 2017, nous avons publié une étude holistique retraçant l’histoire de l’édition jeunesse camerounaise[6] et analysant les dynamiques de production, de diffusion et de réception. Trois résultats essentiels en découlaient. D’une part, nous constations que la vitalité du livre pour la jeunesse est plus ou moins entravée par sa faible légitimité. D’autre part, la valorisation du livre pour la jeunesse est nécessaire pour rétablir l’équilibre sur le marché des biens symboliques et partant, éviter le risque d’uniformisation culturelle. Enfin, la question de la promotion du livre en Afrique doit aussi être appréhendée sous le prisme du numérique et des nouveaux médias ; et la culture du livre et de la lecture doit s’implanter dès l’enfance et ce de manière ludique.

Par les références sus-évoquées, on constate que l’intérêt consacré à la LEJ est plus ou moins faible et sa reconnaissance en tant que champ autonome dans l’historiographie littéraire nationale est récente. La création de structures et d’évènements dédiés à la veille, la promotion et la critique de la littérature jeunesse nationale est donc nécessaire pour en accélérer la consécration. Les acteurs de l’édition jeunesse ont en effet besoin d’une visibilité scientifique et de davantage de rencontres professionnelles afin d’amener les pouvoirs publics à s’intéresser à ce genre « déprécié », qu’est le livre jeunesse

 

Notes et références

[1] Engoulou Jean Claude, La problématique de la lecture au Cameroun, Mémoire, Ecole Normale Supérieure des Bibliothèques, 1984, p. 11.

[2] Yannick Gasquy-Resch, J. Chevrier et J-Louis Joubert, Écrivains francophones du XXe siècle, Ellipses, 2001, 218 p.

[3] Hansel Ndumbe Eyoh, Albert Azeyeh et Nalova Lyonga, Critical Perspectives on Cameroon Writing, African Books Collective, 2013, p. 97.

[4] « Children’s Literature in Cameroon: A Partnership Model for its Development and Promotion », in Critical Perspectives on Cameroon Writing, Bamenda, Langaa RPCIG , p. 415‑427.

[5] « Children’s Literature in Cameroon: A Review II », in Critical Perspectives on Cameroon Writing, Bamenda, Langaa RPCIG, p. 427‑439.

[6] Christian Elongué, « Pour une reconnaissance et une visibilité du livre camerounais pour la jeunesse », in Takam Tikou, La revue des Livres pour enfants – International, mars 2017, En ligne : http://takamtikou.bnf.fr/vie_du_livre/2017-03-22/pour-une-reconnaissance-et-une-visibilit-du-livre-camerounais-pour-la-jeunes

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