De l’usage du numérique dans la promotion du livre jeunesse par les éditeurs camerounais

Le numérique : un outil clé pour la production et diffusion des biens culturels

L’Afrique subsaharienne n’échappe pas à l’émergence des nouveaux médias et à la communication culturelle véhiculée par la diffusion des biens culturels et de consommation étrangère. Les médias sont devenus de nos jours, un vecteur privilégié de diffusion et de circulation des biens et services culturels. Le déséquilibre de production d’information et de diffusion des biens et services culturels entre les pays en développement et ceux développés ne favorisent pas l’émergence de la diversité culturelle. Dans un tel contexte, chaque acteur cherche à mettre en place des stratégies et politiques pour accéder, diffuser voire contrôler l’information pour opérer sur un marché devenu planétaire.  Nous sommes ainsi plongés dans une « économie médiatico-publicitaires », selon l’expression d’Olivier Donnat[1].

Dorénavant, les artistes et les créateurs sont obligés de mettre en place des stratégies de communication pour faire de l’autopromotion, de la publicité pour rentabiliser leurs productions et être au-devant de la scène. Les artistes les plus rentables sont désormais ceux qui ont un site Web, un blog et assurent une présence renforcée sur les réseaux sociaux. François Godonou, dans une étude pour la mise en place d’un système d’information culturelle, établit le constat suivant :

« Les acteurs et professionnels de la culture […] vivent dans un déficit d’informations organisées, de données statistiques et d’enquêtes sur le secteur qui ne facilitent pas leur circulation, leur valorisation et celle de leurs œuvres. Cette absence d’information joue fortement sur les différents partenaires qui hésitent ou renoncent carrément à les accompagner dans leurs projets.[2] »

Avant l’avènement de Muna Kalati, il n’existait peu de site web spécialisé sur la documentation et l’information sur la vie du livre pour la jeunesse en Afrique. Les rares plateformes et actions visibles en ligne sont celles de certains éditeurs notamment en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest : Ruisseaux d’Afrique (Bénin), les éditions Bakame etc.

L’essentiel des actions de promotion du livre francophone pour la jeunesse étaient centralisées sur le site institutionnel Takam Tikou du Centre National de Littérature pour la jeunesse (CNLJ).

De la promotion numérique de l’édition jeunesse au Cameroun

Au Cameroun, la promotion de l’édition et du livre pour la jeunesse est un pan, un secteur parfois invisible des actions menées par le gouvernement ou les professionnels du livre. Toutefois ces actions quoique louables n’ont pas d’impact à grande échelle et demeurent inconnues des instances internationales. La plupart des maisons d’édition ou réseau de professionnel ne développent pas de stratégie communicationnelle ou de marketing intense sur les nouveaux médias. Par ailleurs, on note une irrégularité dans la programmation de ces différentes activités, ce qui rompt les habitudes de consommation des internautes. A ce propos, Joseph Fumtim, Directeur des éditions Ifrikiya, déclarait dans une interview :

 « C’est la promotion qui fait le livre. […] (avec) la modicité des moyens et tous les problèmes fiscalo-douaniers, ce qui reste comme garantie à [aux] auteurs, au final c’est la promotion de leurs œuvres. Si nous arrivons aujourd’hui encore, à continuer d’attirer des auteurs (…) c’est grâce à la promotion[3]

Les canaux conventionnels de promotion du livre que sont les médias ne suffisent plus pour assurer la visibilité de l’édition locale. L’évolution des NTIC avec les nouveaux médias constituent de nouvelles données qui peuvent radicalement transformer l’accès aux livres produits au Cameroun. Si l’on prend en compte le modèle économique de la longue traîne (The Long Trail, popularisée par Chris Anderson), les NTICs permet de favoriser les marchés de niche qui peuvent avoir un public dispersé, à condition qu’une mise en relation soit possible.

En clair, Internet peut permettre aux éditeurs camerounais ayant un créneau spécifique (par exemple, un livre pour la jeunesse en Medumba) de toucher un public divers : diaspora Bamiléké et ailleurs dans le monde, institutions spécialisées dans les études linguistiques, etc. La présence sur Internet est ainsi important pour les éditeurs camerounais ou africains, à la fois pour diffuser leur production, vers un public national, diasporique ou mondial mais aussi pour économiser en capacités de stockage.

Bien que le numérique soit une solution presque « évidente » pour accélérer la promotion du livre jeunesse au Cameroun, certains (sinon la majorité) éditeurs camerounais pour la jeunesse n’exploitent pas suffisamment son potentiel pour promouvoir leurs livres, créer des liens interprofessionnels, interagir avec leurs lecteurs. Ils semblent être bien peu connectés que leurs pairs occidentaux, notamment par le biais des sites Internet, lettres d’information, blogs, Facebook, Twitter, YouTube et Flickr. Ce faible usage des outils numériques affecte leur visibilité.

            D’autres par contre, se mobilisent progressivement pour assurer la visibilité numériques de leurs offres et catalogues. C’est le cas par exemple des éditions CLE ou Ifriqiya qui emploient principalement le réseau social Facebook pour communiquer avec leur public sur les nouvelles parutions ou des projets menés.

Un aperçu des usages du numérique des jeunes camerounais

Figure 1: Etat des lieux Internet et sur les Réseaux sociaux au Cameroun    

S’agissant des lecteurs, la jeunesse camerounaise en Afrique centrale, a la plus forte présence en ligne et plus précisément sur les réseaux sociaux. D’après les statistiques de l’Union Internationales des Télécommunications (UIT) en 2016, le Cameroun dispose du plus important nombre d’utilisateurs actifs sur les réseaux sociaux : 1,5 million, suivi du Gabon avec 370 000, le Congo avec 333 000, puis le Tchad 200 000 et la RCA avec ses 60 000. Parmi les internautes camerounais, 1.1 million sont actifs sur les réseaux sociaux. Des chiffres en progression par rapport aux années précédentes.

On constate également que le taux de pénétration d’Internet a dépassé les 15%.  Ces données statistiques démontrent l’intérêt et de la présence de plus en plus croissante de la population sur internet. Les usages d’internet concurrence progressivement celui de la télévision, actuellement le média qui détient la plus forte audience au Cameroun.

Les éditeurs camerounais doivent donc davantage s’investir dans l’usage effectif des potentialités du web pour assurer la promotion des livres afin que davantage de jeunes, africains ou camerounais, puissent davantage être informer pour consommer les livres locaux produits pour eux. D’une manière ou d’une autre, l’Association Muna Kalati y contribue. Comment ? me demanderont certainement certains curieux.

Muna Kalati, une plateforme spécialisée sur la promotion numérique de l’édition jeunesse africaine

Etant donné que l’enjeu principal de la visibilité d’une maison d’édition repose avant tout sur sa diffusion et sa distribution professionnelles, notre plateforme www.munakalati.org, s’est donné pour ambition d’ offrir une vitrine de valorisation de l’offre jeunesse qui végète dans une étroitesse du marché du livre africain ; de concentrer les ressources commerciales/documentaires sur le livre pour la jeunesse pour les mettre à la disposition des lecteurs, chercheurs ou professionnels du livre.

Bien plus, il présentera les ressources documentaires provenant des deux aires linguistiques du Cameroun : francophone et anglophone. L’un des plus actifs dans ce domaine est EditAfrica, développé et animé par Raphael Thierry. Mais le champ couvert est très vaste puisque cela concerne toute l’édition africaine, et l’information éditoriale sur le livre camerounais y est minoritaire ou du moins noyée. L’existence d’un autre site dédié sur la question ne sera que bénéfique et constituera une nouvelle pierre à l’édifice.


[1] Donnat Olivier. (1994), Les Français face à la culture, Paris : La Découverte. p.124

[2] François Vianou Godonou, Système d’information culturelle pour les pays de  l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine:  création dun site Web, Mémoire de Master, Université Senghor, 2013, p.4-5.

[3] « Entretien avec François Nkémé et Joseph Fumtim – 12 février 2008 – EditAfrica », op. cit.

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