Comment faire de la bibliothèque, un espace culturel vivant et ludique pour la jeunesse?

Au Cameroun, les politiques publiques en faveur de l’offre pour la jeunesse en bibliothèque restent mineures alors que, dans un environnement contraint, cette question prend une dimension qu’il serait dommage de ne pas valoriser. il n’existe pas de bibliothèque typiquement jeunesse mais des bibliothèques avec quelques fonds jeunesse ». C’est le cas de la « Maison des Savoirs[1] » d’Etoudi, de la bibliothèque scolaire de Tsinga ou de la Bibliothèque Municipale de Yaoundé VI, qui disposent d’importants fonds jeunesse et développent des activités en direction des jeunes.

La bibliothèque jeunesse comme espace de socialisation

Par sa dimension sociale, ludique, expérimentale, la bibliothèque est un lieu familier qui devrait faire sens dès le plus jeune âge. Mais est-ce vraiment le cas au Cameroun ? Au dela du livre, la bibliothèque doit être un espace d’apprentissage informel, de rencontre, de dialogue et de création collective. La bibliothèque devrait être cet espace où des jeunes peuvent se rendre pour jouer à des jeux vidéo, prendre un café ou regarder un film. C’est par exemple le cas au niveau de la Bibliothèque Nationale de France (BnF) où des salles de Cinéma sont présentes sur le site même de la Bibliothèque. En Egypte, des excursions scolaires sont organisées avec les établissements afin de permettre aux plus jeunes de se familiariser avec l’espace de la Bibliotheca Alexandrina, autant le Bâtiment que son contenu, afin qu’ils intègrent la bibliothèque dans leurs pratiques sociales et habitudes régulières.

La bibliothèque jeunesse comme espace de gamification

La dimension ludique d’une bibliothèque peut être visible à partir de l’aménagement de l’espace, en créant des aires de jeu et de divertissement entre les enfants ou jeunes. La médiation faite autour du livre doit également ludique. Par exemple, établir un système de récompense pour les lecteurs réguliers, ou organiser des compétitions autour du livre et de la lecture. Un bon exemple ici est celui du Centre de Lecture et d’Animation Culturelle (CLAC), qui organise des activités de médiation culturelle pour donner de la visibilité à leurs fonds jeunesse. Des animations lectures[2], ces « activités susceptibles de faire lire les jeunes ou de les réconcilier avec les livres[3] » , leur permettent de s’initier à la complexité littéraire et les aide à percevoir par des consignes-jeux de lecture, tout ce qui leur échappe spontanément. Améliorant ainsi les capacités des jeunes lecteurs[4], elles ouvrent leur mode de réception et leur permet de participer davantage à l’interprétation de ce qu’ils lisent.

La bibliothèque jeunesse comme espace d’expérimentation.

La bibliothèque est un lieu culturel vivant, polysémique où l’on peut se détendre, rencontrer des amis, lire, apprendre, échanger, rencontrer. Un usage ne chasse pas l’autre, au contraire, mais il attire les personnes vers la lecture.

L’exemple de Hoorn (Pays-Bas) est un magnifique projet de participation des enfants à la conception d’une bibliothèque, que j’aimerai évoqué. Partant du postulat que les enfants n’étaient pas de petits adultes et qu’ils avaient des besoins spécifiques, des ateliers ont été proposés à une trentaine d’enfants pour créer avec les architectes une bibliothèque qui s’adresserait à toutes les formes d’intelligence (l’enfant bricoleur, l’enfant philosophe, l’enfant scientifique, l’enfant rêveur…). Et l’on trouve ainsi, dans cette bibliothèque, des lits en hauteur pour lire tranquillement seul ou à plusieurs, beaucoup de déguisements, des mots aimantés pour créer sur les murs des poésies, un petit théâtre, un espace sciences pour faire des expériences… Les enfants sont aussi engagés dans la vie de la bibliothèque, ils donnent des conseils de lecture, font des animations pour les plus jeunes, et participent au plan de classement des ouvrages.

 Si la bibliothèque ne doit pas chercher à être tout pour tout le monde au risque de perdre son identité, elle doit être un vrai lieu de vie pour la culture.

Enfin, la question des frontières entre secteurs adultes et jeunesse est elle aussi en évolution, passant du concept de bibliothèque spécialisée jeunesse à la prise en compte du public familial dans l’ensemble du lieu. Aujourd’hui on ne pense plus « bibliothèque jeunesse, mais bibliothèque où il fait bon être jeune » déclarait à ce propos, Christine Péclard de la médiathèque Marguerite Duras de Paris.


[1] Crée en 2004, cette bibliothèque associative compte plusieurs centaines d’abonnés et près de 3000 volumes.

[2] L’animation lecture est une activité de médiation culturelle entre des livres et des enfants, destinée à réduire l’écart physique, culturel, psychologique qui existe entre les deux. Or d’après le Rapport de Culture et Développement (2010) : « L’animation en bibliothèques est encore peu développée au Cameroun. Cela suppose que le livre aille vers les populations, afin d’inciter de nouveaux publics à venir dans les bibliothèques. De façon informelle, en porte à porte ou dans   des   lieux   publics  (marchés,   bars,   aéroports…),   les   expériences fructueuses  pour  promouvoir  le  livre  et  la  lecture  ne  manquent  pas.  Lecture, conte, théâtre sont autant de moyens de  rendre  le  livre  plus  proche  des populations. » p. 61.

[3] Donner le gout de lire. Des animations pour faire découvrir aux jeunes le plaisir de la lecture. Paris, Le Sorbier, 1990.

[4] Voir Gérard Chauveau, Martine Rémond, Éliane Rogovas-Chauveau, L’Enfant apprenti lecteur. L’entrée dans le système écrit, Paris, INRP/L’Harmattan, 1993.

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