Des recommandations pour une meilleure visibilité internationale des livres africains pour la jeunesse

La part de livres jeunesse en provenance d’Afrique francophone ou du Maghreb reste assez faible sur le marché du livre français, européen et mondial. Les maisons d’éditions africaines rencontrent de nombreux obstacles et freins économiques ou politiques qui limitent leur présence sur ces marchés. Les couts de transport, le faible accès aux médias, la difficulté à se positionner sur un marché très « marketé » et très encombré, et la faiblesse des réseaux de diffusion-distribution sont les principaux obstacles évoqués. Dans cet article, nous présentons des recommandations, à l’endroit des pouvoirs publics, des organismes internationaux, des collectifs professionnels, des foires et salons du livre, pour une meilleure visibilité internationale des livres africains pour la jeunesse.

Au niveau des gouvernements et pouvoirs publics

  • Inciter les éditeurs à s’organiser collectivement (collectifs nationaux ou sous-régionaux) pour participer à des foires internationales au Nord et au Sud.
  • Initier des rencontres professionnelles entre éditeurs de plusieurs continents et renforcer la présence des éditeurs du Sud au Nord ;
  • Soutenir le déplacement d’éditeurs dans des foires au Nord ainsi que des outils de promotion permettant une meilleure connaissance des productions éditées en Afrique (catalogue collectif bilingue français / anglais par exemple). Nous avions récemment publié un article sur la participation des auteurs et éditeurs camerounais aux évènements littéraires internationaux sur le livre jeunesse.

Au niveau des foires et salons de livre

  • Développer les échanges de droits « Sud-Sud » dans le cadre des foires du livre en Afrique : il serait bénéfique qu’une ou plusieurs foires du livre africaines (Dakar, Ouagadougou, Abidjan, Harare, etc.) puissent développer un pôle professionnel dédié aux ventes et achats de droits. Cela permettrait de faciliter les échanges entre éditeurs africains, qui sont nécessaires à une plus grande circulation des textes en Afrique et à la consolidation d’une édition africaine ;
  • Faciliter des sessions de rencontre entre éditeurs via des programmes d’invitation, et des ateliers de formation organisés avec les collectifs professionnels ;
  • Formaliser des échanges d’expérience et de savoir-faire, voire des transferts de compétences basés sur la réciprocité, entre des foires comme celles de Bologne et des foires africaines du livre pour une meilleure connaissance des marchés du Nord et du Sud, et pour la mise en place de programmes complémentaires et pérennes pour les éditeurs.
  • Mettre en place un système de tarifs préférentiels ou tarifs solidaires à destination des éditeurs africains membres de collectifs professionnels, pour faciliter la visibilité des productions africaines sur le marché international ;

Au niveau des collectifs professionnels.

  • Accompagner la mise en place d’événements et d’animations pour promouvoir la littérature jeunesse africaine, pour créer une dynamique pérenne sur les stands collectifs « Afrique » dans les foires.
  • Se fédérer pour mutualiser des opérations de stands collectifs, de catalogues bilingues collectifs ;
  • Soutenir des formations et des échanges entre éditeurs, illustrateurs et graphistes, qui pourraient être organisés en amont des foires et salons du livre, en partenariat avec les organisateurs des foires et salons du livre ;

Recommandations en faveur d’une édition africaine indépendante, garante de la bibliodiversité

Le choix des éditeurs indépendants est intéressant, car ils proposent une troisième voie à l’équilibre souvent précaire entre édition à l’occidentale pour un public aisé, et édition à des fins d’alphabétisation. Voici quelques mesures pouvant faciliter la mise en œuvre d’une édition africaine indépendante :

  • Accompagner et développer une politique numérique adaptée aux contextes locaux, aux attentes et besoins des professionnels du livre en Afrique ;
  • Développer le soutien à l’édition en langues africaines, pour que les éditeurs puissent proposer des livres de qualité et à coût abordable ; repérer et utiliser les outils numériques existants (autant pour la production et la conservation des ouvrages en langues africaines que pour leur promotion) ; collaborer étroitement avec les organes de presse en langues africaines, les bibliothèques et les librairies locales ;
  • Dialoguer avec les collectifs professionnels et les professionnels dans les pays pour recenser leurs besoins, leurs attentes et développer avec eux une politique nationale du livre réaliste et pérenne ;
  • Encourager et soutenir les formations professionnelles in situ, menées par des professionnels locaux favorisant ainsi l’échange de savoir-faire (en partenariat avec Afrilivres, le Centre africain de formation à l’édition et à la diffusion – CAFED -, les collectifs professionnels locaux…) ;
  • Faciliter et soutenir les opérations de promotion des coéditions (invitations d’auteurs, relais dans les médias, organisation de journées littéraires…) ;
  • Faire dialoguer, voire mutualiser les ressources des associations professionnelles œuvrant pour le livre à l’international ; organiser des rencontres entre ces associations pour dégager des pistes d’actions communes, cohérentes et pérennes.
  • Favoriser et soutenir l’implantation d’imprimeries numériques et d’imprimeries à la demande (POD) dans les pays d’Afrique. Les modèles d’impression à la demande, de librairies et de bibliothèque en ligne sont des outils mis au point afin de résoudre la question du stock, de la distribution et de la mise en relation.  ;
  • Favoriser les éditeurs locaux dans le cadre des appels d’offre pour les marchés scolaires : faire valoir la préférence locale comme critère de choix, permettre la facilitation et le soutien pour le montage des dossiers, inciter les grands groupes étrangers à ce que des partenariats soient instaurés avec les professionnels locaux… ;
  • Inciter les opérateurs de don de livres à envoyer « moins mais mieux », en achetant des livres localement notamment, en privilégiant un principe de réciprocité dans les mécanismes de don, en prenant en compte les langues maternelles dans le don de livres, en développant la monétisation du don ;
  • Les éditeurs réunis par l’Alliance durant les ateliers thématiques menés en 2013 dans le cadre des Assises internationales de l’édition indépendante ont réaffirmé certains principes fondamentaux pour une meilleure visibilité et présence de la littérature africaine à l’international, pour le renforcement de la bibliodiversité. Ces recommandations s’adressent tout particulièrement aux États et aux collectifs professionnels, qu’ils soient nationaux ou sous-régionaux :
  • Mettre en place des tarifs préférentiels pour le transport du livre en Afrique et hors Afrique via des accords avec les Postes, les compagnies de bus, les compagnies aériennes pour des tarifs adaptés ;
  • Renforcer et encourager la création de collectifs nationaux d’éditeurs ;
  • Sensibiliser les éditeurs et les auteurs français aux cessions de droits et aux coéditions Nord-Sud et Sud-Nord, pour une édition francophone solidaire ;

Evidemment, je suis conscient de ce que les recommandations ne valent rien sans implémentation. Mais on peut déjà commencer par là. Chacune de ces recommandations fera l’objet d’un article plus détaillé, qui présentera des approches concrètes et expérimentations pour la mise en œuvre totale ou partielle de ces propositions. Mais on doit cependant être unanime de ce qu’il y’a encore du chemin à parcourir et du travail à faire afin de rendre le livre accessible à tous, surtout la jeunesse africaine, afin de favoriser une éducation de qualité à la base de la transformation de l’Afrique. Si vous avez d’autres propositions ou opinions sur l’une de ces recommandations, n’hésitez pas à nous le faire savoir par commentaires. Nous accepterons également des articles de blog sur l’un de ces éléments. A+

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