Takam Tikou, une une référence inestimable sur la littérature jeunesse africaine

Takam Tikou est un produit du Centre national de littérature pour la jeunesse (CNLJ) rattaché à la Bibliothèque Nationale de France (BnF). Le Cnlj propose aux professionnels et aux médiateurs du livre, l’information et la formation nécessaires à travers des publications, des analyses critiques, des journées d’étude sur la littérature de jeunesse en France et aussi en Afrique. La réalisation de ces missions passe par des actions bien précises notamment des publications régulières[1].

Aussi, le CNLJ assure la conservation de documents[2] sur la littérature d’enfance et de jeunesse ; et dispose à ce jour du plus important fonds documentaire sur la littérature francophone africaine de jeunesse au monde. A travers sa revue Takam Tikou, il est au cœur d’un réseau d’échanges entre professionnels africains du livre et de la lecture. Cet article en présente la genèse et sa contribution à la promotion du livre jeunesse africain.

Retour aux origines du projet Takam Tikou

Livre ayant inspiré le nom Takam Tikou

En 1985, Nic Diament, durant son voyage au Mali avait constaté l’inadéquation entre les livres en français disponibles dans les bibliothèques locales et les attentes de lecteur, alors que des albums africains existaient. En 1989, la revue Takam Tikou fut ainsi créée comme bulletin de liaison entre les bibliothécaires appartenant au réseau de lectures. La revue proposait une recension critique des livres publiés en Afrique et sur l’Afrique.

Les rédacteurs de la revue Takam Tikou voient en l’année 1999 la marque de la fécondité des rencontres autour du livre pour la jeunesse en Afrique. Ces rencontres qui sont de plusieurs ordres, intègrent la foire de Bologne à la suite du salon du livre de Paris en mars et dont les objectifs étaient de « développer le secteur du livre de jeunesse chez les libraires » et de montrer « l’importance de la lecture dans le développement de tout individu et de toute société ».

Malgré l’intérêt de cette revue pour les bibliothécaires en France, l’obtention des publications récentes, en rendait la réalisation difficile. À ce propos, Viviana Quinones soulignait : « certains éditeurs [ne les] envoient pas  automatiquement[3]». Pour elle, « ces livres permettent de lire en français quelque chose de très étranger, cela est très rare. Ça ne passe pas par la traduction mais c’est la langue de l’auteur et elle exprime une autre  culture  […]  C’est exceptionnel», et  face  à  ces  publications le  regard  des  lecteurs  change,  les  choses changent.  Les éditeurs jeunesse d’Afrique subsaharienne bénéficient ainsi d’un espace de valorisation et de promotion de leurs titres dans l’espace français et francophone. A ce propos, Marion Van Staeyen affirme :

« Takam Tikou existe, persiste, et demeure une référence inestimable pour la production jeunesse africaine.  Alors que les médias généralistes ignorent l’édition africaine, on ne peut que se réjouir qu’une revue spécialisée comme celle-ci,  proposant  des  dossiers  thématiques,  des  portraits  et  des  critiques,  soit  disponible […] »[4].

En 2010, la création du site web va faciliter la distribution et permettre de passer d’un à trois numéros par an. Toutefois, l’une des faiblesses de Takam Tikou c’est qu’elle est peu connue par les libraires, éditeurs et particuliers africains, surtout ceux opérant dans les zones urbaines loin des capitales. Bien que Takam Tikou soit un outil de « promotion primordial », sa portée et son champ d’action demeurent insuffisantes. En effet, les dynamiques de la littérature pour la jeunesse évoluent rapidement ces dernières années et il est impossible pour une seule revue de couvrir l’ensemble de la production éditoriale de jeunesse africaine.

Des structures nationales de promotion et de valorisation de la littérature jeunesse sont nécessaires pour assurer une veille critique et régulière de l’ensemble de la production des écrivains locaux comme de la diaspora. « La bête noire de l’édition africaine reste la diffusion (…) il n’existe en Afrique francophone, aucune entreprise fédératrice de diffusion à l’image de l’ABC book collective pour l’Afrique anglophone » déplorait, dans le même ordre d’idées Taina Tervonen 

Collaboration de Takam Tikou au Cameroun

La coopération entre Takam Tikou et la Bibliothèque enfantine Luciole de Yaoundé ainsi que d’autres bibliothèques appartenant au Réseau de Lecture publique permettait d’avoir un retour d’expérience des jeunes lecteurs. Aussi, le CNLJ apporta un soutien dans l’organisation du Concours pour la Meilleure bibliothèque du Cameroun, évènement organisé par Christophe Tatdja, chef du Service de la Documentation et des Archives au Collège François-Xavier Vogt à Yaoundé et coordonnateur de l’association SEDD.

Christian Elongué et Viviana Quinones à la BnF

C’est également à la Bibliothèque nationale de France, notamment au Centre national de littérature jeunesse, qui héberge l’équipe Takam Tikou, que nous avons pu avoir accès à la documentation ayant permis l’avancement de notre recherche sur la légitimation du livre jeunesse au Cameroun. Nous y avions pu collecté 553 titres de livres francophones pour la jeunesse, publiés de 1932 à 2016 par des auteurs ou illustrateurs camerounais.

En définitive, la revue Takam Tikou, depuis des décennies, a été consistante dans sa couverture de l’actualité et de la documentation du livre jeunesse dans l’espace francophone. Porté par une équipe engagée, dévouée et passionnée par l’enfance et la lecture, ce projet doit perdurer et servir d’inspiration pour la création de centre nationaux dédié à l’étude et l’analyse du champ littéraire pour la jeunesse, surtout en Afrique francophone.

Notes et références


[1] Fruit d’une minutieuse veille éditoriale, le CNLJ publie La revue des livres pour enfants depuis 1976, Takam Tikou, Escales en littérature de jeunesse, Lire en V.O, Faire Vivre une bibliothèque Jeunesse, Guide de l’animateur, Le guide pratique de l’illustrateur, et divers colloques organisés à la BnF.

[2] Le centre dispose d’un fonds documentaire riche et unique en France avec plus de 305 000 documents dont 30 000 accessibles en libre accès. En magasin, sont disponibles plus de 190 000 documents, avec aussi un fonds ancien remontant au XVIIe siècle et la quasi-totalité de la production française de livres pour enfants depuis les années 1960. Toutefois, un important fonds documentaire unique sur la littérature jeunesse africaine et francophone en général y est disponible.

[3] Marion Van Staeyen, op. cit. P. 51

[4] Marion Van Staeyen, ibid. P. 52

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *