A la rencontre d’Almo The Best, le meilleur des caricaturistes du Cameroun?

Dans le cadre de son projet africain de documentation des expériences d’illustrateurs de livres pour la jeunesse africain, l’équipe de Muna Kalati, est allée à la rencontre de celui qu’on surnomme Almo The Best, une figure importante de la Caricature, de l’illustration et de la bande dessinée au Cameroun.

 

Il a collaboré avec de nombreux magazines comme La CitéMamy WataBubinga, Le Marabout et Spirou hebdo. Il a été président de l’association « Trait Noir  » qui regroupe des illustrateurs et dessinateurs de BD à Douala et a été référencé dans Dictionnaire mondial de la Bande dessinée en 2010.

Ce dernier a bien voulu se prêter à quelques-unes de nos questions autour de sa relation avec la lecture, sa carrière et sa vision du livre jeunesse au Cameroun.

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Muna Kalati : Comment s’est déroulé votre rencontre avec le livre et la lecture ?

Almo The Best (ATB): J’ai grandi dans une famille qui peut être considérée comme « intellectuelle », puisque j’ai toujours vu autour de moi depuis ma plus tendre enfance des livres illistrés et des bandes dessinées.

MK : Quels furent les premiers livres pour enfants que vous avez lu ? Etaient-ils africains ? Des auteurs d’enfance dont vous vous souvenez ?

Almo The Best : Je ne sais plus quels sont les premiers livres. Comme je l’ai précédemment souligné, j’avais un accès permanent à de nombreux ouvrages. Ma mère travaillait même chez un éditeur à cette époque. Je n’ai découvert les livres pour enfants africains qu’en arrivant au Cameroun à l’âge de 10 ans. Donc s’il faut citer un auteur « africain »dont je me souviens, il n’y a que Bernard Dufossé, l’auteur de Kouakou.

L’essentiel de mes influences artistiques viennent d’auteur comme Cabrero Arnal, André chéret, Cabu et des auteurs de Manga comme Goldorak, capitain Flamme, Albator et bien d’autres (lorsque j’étais petit). En grandissant, j’ai bien d’autres influences et je continue d’être inspiré par ceux qui sont devenus mes collègues.

MK : Pourriez-vous nous dresser un panorama de votre carrière ?

Almo The Best : Il serait laborieux de dresser en quelques lignes un tableau d’un parcours artistique de 28 ans ! Disons simplement que je suis un caricaturiste, un auteur de bande dessinée, un illustrateur et un Designer. J’ai publié mes œuvres aux quatre coins du monde et j’ai glané des prix un peu partout. Par exemple, en 2000 le Prix Spécial du Jury (Jury présidé par Plantu) au FESCARY (festival de la caricature de Yaoundé), puis l’année suivante, lors du FESCARY 2001, le Prix Irondel dont le Jury était présidé par Tignous, et enfin, en 2005, le 3e Prix Pietro Miccia en Italie.

MK : Pourquoi vous êtes-vous intéressé à l’univers du livre pour l’enfant ?

Almo The Best : En fait, j’ai une imagination débordante et en fonction de mon humeur, je crée des histoires sur différentes thématiques (Humour, aventures, sciences- fictions…). C’est vrai que le personnage de bande dessinée ZAMZAM le tiers- mondiste, qui est un petit garçon africain, racontant des histoires sous forme de gags rencontre un vif succès auprès des enfants et des moins jeunes, mais cela vient plus de la matérialisation d’une idée, que d’un choix délibéré.

MK : Quelles sont les difficultés et obstacles auxquels vous avez dû faire face ?

Almo The Best : J’ai crée le label ALMO PRODUCTIONS afin d’éditer et promouvoir mes ouvrages et mes créations. Mais j’espère bien avec le temps pouvoir faire la même chose avec d’autres artistes.

MK : Comment assurer vous la promotion de vos livres ? Quelle est la réception de votre travail auprès du public ?

Almo The Best : J’assure la promotion de mes livres à travers ma structure ALMO PRODUCTIONS qui édite et promeut non seulement mes Bandes dessinées, mais également mon travail de caricaturiste et d’illustrateur. Les gens adorent mon travail et me disent toujours : « Ta place n’est pas en Afrique avec un talent pareil ! »

MK : Combien de livres jeunesse avez-vous publiés à ce jour ?

Almo The Best : Le label ALMO PRODUCTIONS a édité 9 ouvrages depuis 2010, dont 3 albums de bandes dessinées des aventures de ZAMZAM le tiers-mondiste. Le tome 1 s’intitule Les Mbènguétaires. Le tome 2 s’intitule Délestage et le tome 3 NDJUNJU KALABA.   D’autres livres incluent :

  • L’école de la démocratie, texte de Biyong, album, 1998
  • Laisser-Passer, texte de Biyong, album, 2000
  • Shegue, album collectif, 2003
  • Para-Jaka, fanzine en ligne, 2005
  • Trait noir, album collectif, juillet 2006
  • Encart dans Spirou Hebdo, no3565, août 2006
  • Fluide Thermal, fanzine, de 2006 à 2007
  • Planche bimestrielle « Tuk et Zem », in Planète enfants, 2008-2010
  • La bande dessinée conte l’Afrique, album collectif, Éditions Dalimen, juin 2009
  • Zamzam le tiers mondiste, Les Mbènguétaires, album, Éditions Lazhari Labter, juin 2009
  • Zamzam le tiers-mondiste, les Mbènguétaires, album, Almo productions, mai 2010
  • Billy et Aïcha-Minedub et Jica, album, Agence japonaise de la coopération internationale, juin 2011
  • Zamzam le tiers-mondiste, tome 2 : « Délestage », album, Almo productions, mai 2012
  • “I have a dream”, un nouveau monde se dessine, album collectif, Éditions Steinkis, août 2013
  • Fou du volant ou s’en fout la vie ?, Almo productions et SDWT, novembre 2014

MK : Quels rapports entretenez-vous avec les illustrateurs africains de jeunesse du Cameroun/ou de l’étranger ?

Almo The Best : J’ai participé à de nombreux projets collectifs, festivals, ateliers de créations BD, associations, ouvrages collectifs, conférences et autres au Cameroun et à l’extérieur. En 2013, avec l’Association Cartooning for Peace de Plantu et Koffi Annan, j’ai participé à la rédaction de l’ouvrage hommage à Martin Luther King intitulé “I have a dream”, un nouveau monde se dessine, de Gilles et Michel Vanderpooten, paru aux Éditions Steinkis en France. En 2015, j’ai participé à la journée du manuscrit à l’issue de laquelle fut publié : Je ne suis pas un obsédé sexuel (ça se voit !).

MK : Au Cameroun comme en Afrique, la filière du livre pour enfants est peu connue du Grand public et surtout des parents. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Almo The Best : Il faut juste mettre les bonnes personnes aux bonnes places et fournir du soutien aux bonnes personnes. Il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas réellement intéressées par le livre et ses enjeux ; ils ont un esprit mercantile. Certes, quand on est un éditeur, on doit faire du chiffre, mais je pense pour ma part qu’il faut aussi aimer le livre, aimer créer et prendre du plaisir à faire découvrir des œuvres.

MK : En Afrique, la littérature jeunesse est située à la périphérie et vue comme un genre marginal par rapport aux littératures classiques. Qu’en pensez-vous ?

Je ne partage pas du tout votre point de vue. En Afrique, c’est toute la littérature qui est marginalisée.

 

C’est sur ces notes que s’achèvent notre rencontre avec l’illustrateur camerounais Almo The Best, qui nous le rappelons a été associé aux Editions « Fluide Thermal » et celles du Centre Culturel Français de Douala, pour la publication d’un « Best Of » de 400 pages sur ses travaux réalisés depuis plus de deux décennies :  « ALMO, DU CRAYON PLEIN LA GOMME… ». On peut voir une partie des dessins et des planches d’Almo sur le site : http://www.artmajeur.com/almothebest 

Vous pouvez également le retrouver sur Twitter : https://twitter.com/almothebest

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