Si le livre jeunesse est une pirogue, alors l’illustration est la pagaie.

Vous souvenez-vous de ce qui vous intéressait quand vous teniez un livre en main à 6 ou 7 ans ? Qu’est-ce qui vous faisait le garder ? Vous le feuilletiez sans doute pour vous assurer qu’il contient quelques images n’est-ce pas ? Vous souvenez-vous de la manière par laquelle vous avez appris à lire et à écrire ? On vous a sans doute parlé de l’alphabet, puis des syllabes, mais aussi des mots.

Plus tard, on vous a parlé des phrases, on vous a enseigné qu’une phrase commence par une lettre majuscule et se termine par un point. Mais comment avez-vous appris à lire ? Vous ne vous souvenez certainement plus du petit livre de lecture qui associait un nom à une image. Moi je revois le livre appliquez-vous à la lecture et à l’écriture.

Il était plein d’images et à côté de ces images un nom : un chat, un bras, une banane, un ananas). On réussissait ainsi à associer un objet à une image et le mot tout comme l’image restaient gravés dans la mémoire.  

Illustrations, dessins, représentations, images, exemples. Un livre jeunesse sans ces éléments est semblable à un album photo entre les mains d’un malvoyant. S’il est vrai qu’il peut le feuilleter, il ne saurait distinguer le noir du blanc, le garçon de la fille, le beau du moins beau, etc. L’enfant est semblable à ce malvoyant. La lecture de quelques phrases par celui-ci ne garantit pas toujours sa compréhension. Il n’est toujours pas facile pour lui d’associer un mot à une réalité. C’est en cela que le livre jeunesse devrait être illustratif. Allons à la découverte de l’illustration dans la littérature jeunesse. 

Une lecture vivante

Lire est une activité qui a depuis des siècles faits des grands. Les plus grands intellectuels et influenceurs de notre siècle avaient un gout particulier pour la lecture. C’est sans doute ce qui les a poussés à écrire si bien. D’ailleurs, un écrivain talentueux pensait que plus il lisait, plus il écrivait. Mais pour les tout-petits, la lecture n’est pas un exercice de recherche du savoir ou d’information. C’est surtout une autre façon de vivre. C’est une façon d’appréhender le monde en lisant. De vivre en lisant.

Pour les enfants, les mots ne sont que des mots si une réalité n’y est pas associée. Et la réalité ne peut se construire que si elle existe dans leur esprit et dans leur imagination. La description des lieux peut faire éclore l’imagination des tout petits.

 

 

Mais des objets précis ne renvoient à rien s’ils ne sont pas représentés. C’est là qu’intervient l’illustration.

Une illustration parle plus qu’un mot pour un enfant. L’illustration peut véhiculer plus d’informations qu’une phrase ou un texte tout entier. Les plus jeunes ont un vocabulaire restreint et l’image devient donc plus que les mots, voire le texte. Essayez d’imaginer dans votre esprit à quoi pourrait renvoyer le mot « aber ». Eh bien ! oui c’est un mot de la langue française. Le lire n’est pas forcément un problème. Mais savoir à quoi il renvoie peut poser problème. Non pas que vous ne sachiez-vous servir d’un dictionnaire, mais juste que ce n’est pas un réflexe chez l’enfant. Encore faudrait-il qu’il sache ce qu’est un dictionnaire.

 En fait, tout comme le mot aber ne renvoie pas à une réalité connue chez vous, la plupart des mots de votre vocabulaire ne renvoient à rien dans l’esprit du tout petit.

Une fois de plus, l’illustration apparait comme le pompier de l’esprit du petit.

Il apprend le monde grâce à ce qu’il voit. C’est pourquoi l’illustration donne vie à la lecture de l’enfant. Une lecture ne peut être vivante que si le lecteur sait de quoi il est question dans le texte qu’il tient. Ainsi, pour que l’enfant vive sa lecture, pour qu’il arrive à utiliser son imagination, il est important que son esprit crée une réalité des mots ou des situations qu’il lit. Et l’illustration en est le meilleur stimulant.

Le rôle de l’illustrateur 

Dans les livres jeunesse, on remarque très vite les images, mais on se demande très rarement qui est derrière de tels agencements de couleurs inspirants et touchants. Et c’est vrai, l’illustrateur est un travailleur de l’ombre. Mais son rôle est très important dans le développement de l’enfant et dans sa stimulation du goût pour la lecture.

L’illustrateur n’est pas obligé de rester outrageusement fidèle au texte.

Il est possible qu’il laisse exploser sa créativité, son gout de l’innovation. Il érige l’image au rang d’allié du texte, un allié qui est une lampe pour la lecture de l’enfant. Il a pour mission d’éveiller l’imagination, la créativité de l’enfant. Il rend l’enfant autonome dans sa lecture, car celui-ci est à même d’associer le texte à l’illustration et de vivre le texte dans son imagination. Même s’il joue un rôle ingrat dans les livres jeunesse, il n’en demeure pas moins qu’il reste une pièce maitresse du puzzle, de l’objectif que veut atteindre l’auteur du livre pour enfant.

Des années plus tard, quand on demandera à l’adulte passionné de lecture les livres qu’il a aimés dans sa jeunesse, il se souviendra d’une image, d’une illustration et c’est cette illustration qui sera son repère, le tronc de l’histoire de ses lectures.

Si le livre jeunesse est une pirogue, alors l’illustration est la pagaie. Pour avancer, l’illustrateur doit la manier avec art et habileté. Pour que dans l’avenir la pertinence des écrits de ces tout petits soit aussi poignante que l’originalité des illustrations de leur enfance.

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