« J’écris des livres pour enfants, parce qu’on bat mieux le fer quand il est encore chaud » – Kelly YEMDJI, auteure camerounaise

Kelly Yemdji_Muna Kalati

La promotion des auteurs de livres pour la jeunesse est une préoccupation fondamentale à Muna Kalati. Nous n’hésitons point à mettre en valeur les réalisations des écrivains ou illustrateurs jeunesse au grand public. Dans le secteur de la littérature jeunesse, la majorité des auteurs sont des adultes qui écrivent pour les enfants. Cependant, il existe également des enfants et adolescents qui écrivent et se font publier. Tel est le cas pour Kelly Yemdji, une jeune auteure camerounaise ayant récemment publié son premier livre à Elites d’Afrique Editions. Dans cet entretien, nous explorons ses premières rencontres avec la lecture et le livre et comment cela a influencé sa carrière, qui nous l’espérons sera brillante.

Comment s’est déroulé votre rencontre avec le livre et la lecture ?

Je suis née à mon grand bonheur dans les livres. Mon père autrefois instituteur, avait des livres de toute sorte. Des manuels scolaires aux œuvres littéraires en passant par les dictionnaires sans oublier les petits bords où l’on retrouvait des règles de grammaire, d’orthographe et de conjugaison, je n’ai pas eu de quoi m’ennuyer.

À la maison on avait un grand tableau où mon père écrivait toutes les syllabes possibles. La maison devenait alors une autre école. Ma mère était toujours là pour faire la maîtresse. Elle a guidé mes lectures jusqu’à ce que je sois en mesure de bien le faire toute seule.

Quels furent les premiers livres pour enfants que vous avez lu ? Etaient-ils africains ? Des auteurs d’enfance dont vous vous souvenez ?

Les premiers livres pour enfants que j’ai eu la chance de lire étaient des recueils de contes. Contes et légendes du Cameroun (Amazon) est un livre qui m’a ouvert l’esprit.

Je peux encore me souvenir de quelques ruses de Kulu la tortue et des échecs de Zé la panthère. Je mentirais si je disais que je me rappelle encore des noms des auteurs. Une chose est sûre, les histoires racontées étaient typiquement africaines, les noms attribués aux animaux qui constituent les personnages de ces contes en sont une preuve.

Que vous ont apporté ces pratiques de lecture durant votre enfance ? 

La culture de la lecture dès le bas âge a fait de moi une écrivaine aujourd’hui. J’ai appris très tôt grâce à la lecture, les règles de grammaire, d’orthographe et de conjugaison ; mes notes de dictée, de littérature et de langue française démontraient à suffisance mes habitudes de lecture. La lecture m’a fait voyager, la lecture m’a ouvert l’esprit.

« J’écris des livres pour enfants, parce qu’on bat mieux le fait quand il est encore chaud. »

Kelly Yemdji

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à l’univers du livre pour l’enfant ? Est-ce un choix ou un coup du destin ?

Je me suis intéressée au livre pour enfants parce que je crois qu’il faut battre le fer pendant qu’il est encore chaud. On façonne les ministres, les présidents, les ingénieurs et toutes les personnes qui sont une valeur dès leurs premières années de vie. L’enfant est curieux, l’enfant a soif d’apprendre, l’esprit de l’enfant n’a pas de contraintes, n’a pas de limites. C’est donc pour eux qu’il faut se battre, c’est pour eux qu’il faut écrire. Ce n’est nullement un coup du destin, c’est un choix bien pensé. Il vaudrait mieux investir sur les enfants, pour eux il y a encore de l’espoir.

Quelles sont les difficultés et obstacles auxquels vous avez dû faire face ? L’accès aux éditeurs a-t-il été aisé ?

J’ai commencé à écrire à l’âge de 15 ans. Dès l’âge de 18 ans j’ai commencé à entrer en contact avec des éditeurs. Ce n’était pas aisé d’autant plus que je le faisais de mon propre chef, sans l’assistance d’un aîné. Ne recevant pas de réponses satisfaisantes pour certains et pas de réponses tout court pour d’autres, j’ai fini par jeter l’éponge en rangeant mes écrits. J’ai repris ma quête à l’âge de 20 ans après que j’ai bouclé avec le manuscrit du livre Le secret de mon échec. Après avoir eu des échanges infructueux avec plusieurs éditeurs, je suis tombée heureusement sur Élite d’Afrique Éditions qui m’a tout de suite offert un compte d’éditeur.

Est-il possible de vivre uniquement de ce métier ?

 Le métier d’écrivain est un métier secondaire car le livre en vérité ne donne pas de l’argent. À priori, on n’écrit pas pour se faire du beurre. On ne peut donc vivre uniquement du métier d’écrivain.

Comment assurer vous la promotion de vos livres ? Quelle est la réception de votre travail auprès du public?

Mon éditeur communique beaucoup sur ses productions, notamment sur les réseaux sociaux, le numérique étant incontournable aujourd’hui. Le livre est disponible au carré des artistes à Bonapriso (Douala) et bientôt à la librairie des peuples noirs à Yaoundé. J’ai également des points focaux à Maroua, à Banyo et à Bankim pour la distribution. J’ai reçu beaucoup de retours de lecture. C’est plutôt encourageant pour un début ; les lecteurs apprécient bien mon travail. J’en suis heureuse.

Combien de livres avez-vous publiés à ce jour ? Pourriez-vous les nommer ?

Parmi mes premiers écrits, figurent des contes pour enfants que je n’ai pas pu faire éditer jusqu’à ce jour. Pour le moment j’ai donc un seul livre à mon actif. Le secret de mon échec est un roman dédié aux adolescents. J’espère faire mieux en publiant un livre pour enfants.

Quels rapports entretenez-vous avec les auteurs/illustrateurs africains de jeunesse du Cameroun/ou de l’étranger ?

J’entretiens avec les auteurs et illustrateurs africains de jeunesse des rapports plutôt conviviaux d’autant plus que nous avons le même combat. En plus, je souhaite pouvoir faire éditer mes contes; leurs avis et leur aide me seront donc très utiles. Je suis ouverte à la collaboration. À la suite de la publication de mon roman, j’ai sorti avec un ami illustrateur, une petite bande dessinée. J’ai écrit les scripts et il a illustré. C’est très important les collaborations, personne ne se suffit.

Menez-vous des actions pour la promotion de la littérature jeunesse au Cameroun?

Oui en effet. Mon éditeur et moi avons d’autres projets pour la publication des livres pour enfants. En dehors de mes contes à moi qui ont besoin d’un sacré coup de pinceau, j’ai cherché et je suis entrée en contact avec un grand conteur camerounais ; il se fait appeler Ondoa l’Afrikain. Très prochainement, on publiera son recueil de contes pour enfants. Notre vœu le plus cher est d’initier les camerounais à la littérature en commençant par les tout-petits. Ces derniers sont une valeur sur laquelle il faut miser gros.

Au Cameroun comme en Afrique, la filière du livre pour enfants est peu connue du Grand public et surtout des parents. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

« La littérature de jeunesse est un luxe pour des parents africains toujours occupés à chercher de l’argent. »

Kelly Yemdji

La filière du livre pour enfants est très peu connue du public en Afrique parce que les africains ne lisent pas, du moins pas assez. Les parents ont déjà beaucoup de mal à offrir à leurs enfants les manuels scolaires ; la littérature de jeunesse devient donc un luxe pour eux toujours occupés à chercher de l’argent. L’inflation et la précarité de leurs conditions de vie sont également des facteurs à ne pas négliger.

Que pensez-vous de la situation générale du livre et de la lecture dans votre pays ? Auriez-vous des propositions pour en améliorer la gestion ?

La situation n’est pas des plus reluisantes. Pour reprendre Sadrak Pondi, « on ne lit pas le vide du ventre « . Comment et pourquoi est-ce que les gens vont-ils lire alors qu’ils ont des besoins plus urgents !? Tenez, la nutrition par exemple ; la santé ; le travail ! La littérature va mal dans mon pays parce que oui, elle est un luxe. Le seul moyen d’y remédier est de pourvoir à la population des conditions moyennes de vie. Au-delà de cela, les Africains doivent cultiver l’amour de la lecture ; et ça commence dès la tendre enfance par la littérature de jeunesse. Vivement une Afrique à qui on ne cache plus les vérités les plus vraies en les mettant dans des livres.

En Afrique, la littérature jeunesse est située à la périphérie et vue comme un genre marginal par rapport aux littératures classiques. Qu’en pensez-vous ?

C’est tristement vrai. Je crois que c’est donc là tout le départ de notre échec.

En n’accordant pas vraiment d’importance à la littérature de jeunesse, on fausse dans une certaine mesure l’éducation des enfants.

Kelly Yemdji

Même au temps de l’oralité, nos ancêtres transmettaient leur valeur aux enfants à travers des contes. Le résultat sautait aux yeux. Regarder en arrière et prendre le bon exemple ferait un très grand bien à nos enfants, à l’Afrique.

Quelle est votre vision de l’avenir de la littérature jeunesse au Cameroun?

La littérature de jeunesse a de l’avenir au Cameroun. Il faudrait juste que les ambassadeurs de cette littérature soient plus actifs et plus créatifs. Il est donc question de multiplier les livres pour enfants en variant le contenu, d’organiser des foires, des jeux concours, de procéder à une véritable mission de sensibilisation auprès des parents sur l’apport de la littérature de jeunesse dans la vie de leurs enfants. Cela prendra le temps que ça prendra mais ça se fera

Comment aimeriez-vous contribuer au projet Muna Kalati?

Muna Kalati est un grand projet auquel j’aimerais participer parce que je crois en la littérature et je crois en la jeunesse. J’espère pouvoir améliorer et actualiser mes contes pour une prochaine édition. Je pense à cet effet à un partenariat entre Muna Kalati et Élite d’Afrique Éditions. Je pense également pouvoir aider Muna Kalati en vulgarisant la littérature de jeunesse à travers une communication de proximité intense.

Un dernier mot?

Merci à toutes les personnes qui croient en moi. Merci également à celles qui doutent encore. Je sais une chose, le meilleur présent qu’on puisse faire à un enfant c’est lui offrir un livre. L’avenir du monde se trouve aussi dans la littérature.

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