Les bd : une longue tradition des héros masculins

Selon le Centre National de ressources textuelles et lexicales, le sexisme est une « attitude discriminatoire adoptée à l’encontre du sexe opposé »[1]. Il s’agit fréquemment du rôle mineur que la société octroie à la femme, lequel est légitimé par le sexe dominant, notamment masculin. Cette forme de représentation, reflet de l’organisation sexuée du travail, influe sur le contenu des bandes dessinées qui tentent de mettre en scène dans un univers fictionnel, les relations entre les hommes et les femmes. De ce fait, la bande dessinée est-il un genre littéraire sexiste ? Et comment réinventer la construction sociale du sexe par le biais des Bd ?

I- Les deux raisons qui donnent à penser que les bd sont un genre sexiste

Deux faits saillants témoignent du sexisme dans les bandes dessinées : une longue tradition des héros masculins d’une part et d’autre part, la définition du rôle féminin uniquement en relation avec le héros.

– Les bd : une longue tradition des héros masculins Le paysage de la littérature de jeunesse est fortement marqué par l’attribution des rôles principaux aux héros masculins. Ce qui traduit une domination de ce cadre fictionnel par la gent masculine. Même si les années 1970 équivalent aux premières contestations contre les stéréotypes véhiculés par les livres de jeunesse, et donc en quelque sorte une revendication des rôles principaux au profit des femmes, l’occupation de ces places prépondérantes s’élève à hauteur de 60/ 40%[2]. En plus de cela, il est important de signaler que les héros masculins sont dotés de qualificatifs traduisant le courage, la force et la bravoure[3]. Ce qui leur donne l’image de personnages forts, autonomes et indépendants. Ceci est perceptible à travers les BD Astérix et Obélix ou encore Tintin qui, de prime à bord au niveau de la titraille non seulement donne un indice au lecteur sur l’identité du personnage principal, mais aussi sur la trame qui relate les aventures de ceux-ci. On le voit, les auteurs de BD accordent une place de choix aux héros masculins. Alors comment peignent-ils les personnages féminins?

Source :médialandes.fr,

– Le rôle secondaire des personnages féminins dans les BD

Occupant les places secondaires, les personnages féminins ne jouissent pas d’une indépendance dans les livres pour enfant. En effet, ils sont relégués au second plan et n’existent qu’en relation avec le héros. Cette réalité donne d’amples informations sur l’absence d’autonomie, la vulnérabilité,  la dépendance intrinsèque qui caractérise les rôles féminins dans les BD. Ceci est d’autant plus vrai qu’ici, les femmes représentent une victime sauvée, une accompagnatrice bienveillante. Dans d’autres cas, elles sont des fauteurs de troubles, des déstabilisateurs de l’harmonie au sein d’une communauté foncièrement masculine. C’est le cas de la schtroumpfette dans les schtroumpfs qui est fabriquée avec des ingrédients inédits qui la maintiennent dans un état de fébrilité comme l’indique l’illustration ci-dessous ou encore de Bonemine la femme du chef du village dans Astérix et Obélix[1]. On le constate, les personnages féminins n’occupent guère une place centrale dans les BD. Ce fait contribue par conséquent d’une part à faire des BD un genre sexiste. Toutefois, ils sont un bon moyen de reconstruction des rôles sexués dans l’imaginaire des lecteurs.

II- Quelles solutions pour lutter contre le sexisme dans les bandes dessinées ?

La division du travail est un fait culturel qui assure une place proéminente à la gent masculine au détriment de celle opposée[1]. S’il est reconnu au livre des qualités éducationnelles, il pourrait être d’une grande aide pour la redistribution des rôles sexués. Dans ce cas, il importe d’encourager la production de bandes dessinées qui valorisent la femme.

– Une tradition remise en question

Si le statut du héros a longtemps été l’apanage des personnages masculins, l’industrie de la BD tente de déconstruire de plus en plus cette tradition. En effet, ce paysage se voit désormais mettre en scène des personnages féminins forts, indépendants, autonomes. Cette donne permet de redorer la représentation de la femme dans les BD. C’est le cas par exemple de Yoko Tsuno, jeune ingénieure en électronique du livre de jeunesse éponyme qui a pu prendre son destin en main. A présent, les femmes ne sont plus seulement l’incarnation de la douceur, elles sont entreprenantes. Cette représentation permettrait à coup sûr de déconstruire les rôles sexués encrés dans l’imaginaire des peuples. Et donc, octroie une grande estime de soi aux jeunes filles qui peuvent à présent s’affirmer et dire ce qu’elles pensent, être actrice de leur vie ainsi que le démontre cette illustration :

https://images2.medimops.eu/

On le reconnaît, les BD sont un moyen de lutte contre les stéréotypes. En plus d’élaborer des BD qui mettent en avant des personnages féminins principaux, peut-être faudrait-il aussi établir une complémentarité entre les personnages masculins et féminins.

– Les rapports de complémentarité entre les personnages féminins et masculins

L’une des meilleures voies qui participerait fortement à la lutte contre les stéréotypes dans les BD c’est la nécessité de créer un lien de complémentarité entre les personnages masculins et féminins de telle manière que ces derniers se perçoivent mutuellement comme un appui, une aide. De cette façon, l’on va assister à la déconstruction des idées préconçues qui cantonnent les deux sexes dans des rôles bien distincts et non interchangeables. Ainsi, cela aiderait les jeunes à remettre en cause les préjugés et à comprendre que les relations entre les sexes ne sont pas nécessairement calquées sur un rapport de domination.

L’on a pu l’observer les bandes dessinées alimentent les stéréotypes socialement construits qui limitent les rôles des personnages féminins et masculins à des rapports hiérarchisés. Pour y remédier la production des BD mettant en scène les femmes entreprenantes est vivement encouragée. Aussi pouvons-nous mentionner la promotion des rapports centrés sur la complémentarité entre les personnages masculins et féminins.

                                                                                    NSELEL BOMBA GUILAINE


[1] Agnès Fine, « Pierre BOURDIEU, La domination masculine, Paris, Seuil, 1998, coll. Liber, 134 p. », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 12 | 2000, mis en ligne le 20 mars 2003, consulté le 13 janvier 2022. URL : http://journals.openedition.org/clio/201 ; DOI : https://doi.org/10.4000/clio.201


[1] Ibid.


[1] https://www.cnrtl.fr/definition/sexisme.

[2] Meutelet clotilde, Marine Pariente, 2020, « les stéréotypes de genre dans la littérature pour enfants : le cas des J’aime Lire », Genre et Marketing, pp182-201, en ligne https://www.cairn.info/genre-et-marketing–9782376873693-page-182.htm.

[3]file:///C:/Users/user/Documents/Ces%20BD%20jeunesse%20qui%20d%C3%A9gomment%20les%20st%C3%A9r%C3%A9otypes%20de%20genre%20!%20-%20Portail%20des%20m%C3%A9diath%C3%A8ques%20des%20Landes.html

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