Le numérique, un pain béni pour la promotion de la bd africaine

Si le secteur du livre de jeunesse en Afrique est prometteur, celui-ci fait face à de nombreux obstacles d’ordre endogène qui empêchent son éclosion. A ce titre, Raphaël Thierry signale  les « barrières douanières, le non-respect des accords internationaux de détaxation des biens culturels, [les] monopoles de diffusion et l’incertitude concernant le suivi postal »[1], comme étant les principales difficultés auxquelles le continent africain est confronté. Ce scénario déboucherait immédiatement sur l’extinction du 9ème art en Afrique.

Toutefois, l’affirmer serait maladroit de notre part ; quand l’on sait que de plus en plus internet devient le terrain de jeu de la bande dessinée africaine. Cette remarque nous permet de poser la question de savoir comment internet promeut-il la bande dessinée africaine? Répondre à cette question revient à dégager les facilités d’accès au livre de jeunesse qu’offre internet.

1-LA FACILITÉ DANS LA DISTRIBUTION DES CONTENUS

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Voyager sans bouger d’un pouce est bel et bien l’une des particularités d’internet. Son grand pouvoir de diffusion de l’information garantit un accès plus facile à ce qui hier, paraissait si lointain, si insaisissable. De ce point de vue, le numérique semble combler « la faiblesse des réseaux de distribution et de diffusion de l’édition jeunesse en Afrique francophone »[2] . Etant donné que l’acheminement du livre jeunesse vers l’acheteur fait face à de nombreux obstacles. De ce fait, la visibilité des créations africaines dans le monde entier, mais plus précisément en Afrique en paie le lourd tribut. Il fallait donc trouver une alternative. C’est ainsi que Debou Sikoué, lors de la 12e édition du festival Mboa BD reconnaît que « la plupart des auteurs se sont très vite rendu compte que l’utilisation des réseaux sociaux, que ce soit Instagram, Facebook ou les sites web pour diffuser leurs œuvres étaient beaucoup plus simples, remarque-t-il. Il faut bien comprendre que nous sommes dans un contexte où le réseau de bibliothèques ou de librairies n’est pas suffisamment fort pour pouvoir offrir la possibilité de consommer des BD. Donc face à cela, les choix ont été très rapides. »[3]. C’est dans cette perspective que l’on peut classer la plateforme Amadiora comme l’une des preuves que le livre de jeunesse investit internet. On le remarque, le numérique garantit la vulgarisation des bd africaines qui peuvent désormais facilement être consommées dans le monde entier. En plus de se constituer en une solution pour répondre au problème lié à l’acheminement du livre jeunesse vers les consommateurs, le numérique semble aussi résoudre la difficulté d’ordre économique d’accès au livre jeunesse.

2-Le coût d’accès au livre jeunesse devient moindre avec le numérique

En Afrique francophone principalement, plusieurs pesanteurs rendent difficiles l’accès au livre de  jeunesse. Parmi ces éléments, il convient de signaler son coût élevé. Ainsi, il n’y aurait qu’une poignée de personnes qui peuvent se donner le luxe de se l’offrir. Cette idée est parfaitement partagée par la bédéiste camerounaise Joëlle Epée, connue sous le nom d’artiste de Elyon’s[4], qui soulève le caractère coûteux de la bande dessinée. Du coup sur le continent, cette dernière n’est pas accessible à tous. Par contre, s’il y a bien une chose qui y connaît une grande expansion, c’est bien évidemment l’utilisation des données mobiles. Selon cisco[5], l’utilisation des données mobiles est en pleine croissance dans le monde entier et particulièrement en Afrique. Elle s’élève à 96% en Afrique, ce qui est largement supérieur à la moyenne mondiale d’usage des données mobiles, soit 63%[6]. Du fait de son usage assez grand, l’on déduit que le coût d’accès à internet est abordable dans certains pays africains. C’est le cas du Cameroun où il s’élève à 3,48 dollars selon l’Alliance for Affordable Internet. Ce fait érige  internet en un facilitateur pour la promotion du livre de jeunesse africain. Un autre pan que sa gratuité permet d’observer est bel et bien le fait que la bd peut être consommée par les jeunes africains, vu que « le jeune ou l’adolescent sont des consommateurs de productions mass-médiatiques »[7]. On le voit, grâce à l’internet, la bd devient de plus en plus accessible au grand nombre, surtout au public cible. Le point fait sur l’accessibilité de la bd grâce à internet, il convient désormais de démontrer comment  il permet de repousser les tracasseries liées à la recherche d’une maison d’édition.

3-Internet, moyen d’attraction des probables éditeurs

Le rôle essentiel de l’éditeur est de sélectionner les textes à publier, les mettre en forme, les imprimer et enfin les commercialiser[8]. Mais, en avoir un, relève d’un véritable chemin de croix. La bédéiste Elyon’s nous fait part de son expérience en ces mots : « le nombre de fois où je me suis fait jeter ! se souvient-elle. J’étais africaine et je vivais en Afrique. Même si les éditeurs aimaient ma bd, on me laissait entendre que ça allait coûter trop cher de travailler avec moi, parce que j’étais trop loin, et que je ne rapporterais pas assez »[9]. De par l’expérience de cette dernière, on convient que trouver un éditeur constitue un obstacle pour le développement du livre de jeunesse en Afrique. Mais, avec l’usage de plus en plus important du numérique, plus particulièrement des réseaux sociaux, les éditeurs semblent être relayés au second plan. Avec lui, le processus d’acheminement du livre vers les consommateurs qui de nos jours est « court-circuité »[10]. Cette méthode adoptée par les bédéistes africains leur permet de faire connaître plus facilement leurs œuvres grâce à des expositions gratuites afin de former une fanbase[11], en se passant dans un premier temps des éditeurs. Puisque les auteurs doivent vivre de leur art, l’idée ici est de séduire les éditeurs pour une possible publication. Cette méthode a été utilisée par Elyon’s. C’est ainsi que son œuvre La vie d’Ebène de Duta est éditée.

Au vu de ce qui précède, l’on observe que le numérique est une solution pour la vulgarisation des livres de jeunesse africains. Car, il est un raccourci fiable pour faire connaître le savoir-faire africain dans le monde entier en transcendant les obstacles endogènes qui obstruent l’éclosion de cette littérature.


[1] Emma Cacou, 2021, « la littérature de jeunesse d’Afrique noire francophone en Afrique », monde du livre, en  ligne , https://mondedulivre.hypotheses.org/8733.

[2] Christian Elongue, 2019, « la faiblesse des réseaux de distribution et de diffusion de l’édition jeunesse en Afrique francophone » en ligne  https://www.munakalati.org/faiblesse-reseaux-distribution-diffusion-edition-jeunesse-afrique-francophone/

[3] https://www.rfi.fr/fr/afrique/20211117-le-num%C3%A9rique-au-service-de-la-bd-camerounaise-et-d-un-style-graphique-africain

[4] https://www.jeuneafrique.com/1084688/culture/la-bd-africaine-fleurit-sur-la-toile/

[5] Il s’agit d’une entreprise dont le travail est de comptabiliser l’index d’utilisation des données mobiles.

[6] https://afrique.latribune.fr/africa-tech/telecoms/2017-02-12/donnees-mobiles-l-afrique-grand-consommateur-en-2021.html

[7] Matthieu Letourneux, 2009, « Chapitre IV. Littérature de jeunesse et culture médiatique », Presse universitaire de Rennes, p 185- 235. En ligne https://books.openedition.org/pur/39716?lang=fr 

[8]http://mediadix.parisnanterre.fr/cours/Edition/104Editeur.htm#:~:text=Un%20%C3%A9diteu

[9] https://www.jeuneafrique.com/1084688/culture/la-bd-africaine-fleurit-sur-la-toile/

[10] Ibid.

[11] Ibid.

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