Le rôle et la contribution des prix littéraires dans la promotion et la consécration du livre jeunesse en Afrique

Dans un contexte où il y a une prolifération d’auteurs de jeunesse et d’ illustrateurs avec de plus en plus d’œuvres jeunesses dans les langues africaines, une question centrale et fondamentale se pose,  celle de la légitimation du secteur. 

Les échanges de cet autre numéro du MK Talks ont été enrichis  par plusieurs panélistes:

  • Emilie BETTEGA, Responsable de la section Afrique au Centre National pour la littérature de jeunesse 
  • Christian ELONGUE, Chief Spiritual Officer, Muna Kalati 
  • Les co-modérateurs du Muna Kalati Talk

Hermann LABOU, Partnership Officer

 KPOTUFE Délali, Program Officer 

Il existe une poignée de prix littéraires africains, dédiés aux auteurs de la chaîne du livre pour enfants en Afrique. Mais la plupart des prix littéraires sont internationaux, et les Africains manquent de représentation et de visibilité sur ces plateformes. Il est crucial pour nous de réfléchir aux actions clés qui peuvent contribuer à une meilleure visibilité et à la consécration de l’édition jeunesse africaine, non seulement sur le continent, mais au-delà, et c’est là qu’interviennent les prix littéraires.

Mais comment stimuler la création littéraire à travers des prix et des mécanismes de reconnaissance des auteurs de livres pour enfants ? Quelle est l’importance stratégique des prix littéraires dans l’économie du livre ? Comment peuvent-ils contribuer à la rentabilité et à la visibilité des livres pour enfants africains ? 

Ce sont là quelques questions qui ont fait l’objet de la 14e édition de Muna Kalati Talk, un débat mensuel qui porte sur les réalités du secteur de la littérature jeunesse en Afrique. 

  • Quelques prix en littérature de jeunesse en Afrique  qui ne doivent pas vous échapper?
  • Le prix Hervé Gigot (Bénin)

Le prix Hervé Gigot est destiné aux illustrateurs de livres pour enfants en Afrique.  Il  a été lancé en 2019 dans l’optique de promouvoir le livre de jeunesse, ses acteurs et renouveler le catalogue africain du livre de jeunesse.   C’est un prix à l’échelle continental, il est piloté par  l’association ‘’Semaine du livre béninois’’ et soutenu par la France. Hervé Gigot est un illustrateur, peintre  béninois, respecté et adulé  pour ses œuvres et surtout pour son grand professionnalisme dans le domaine. Ce prix  a  plusieurs objectifs, entre autres éveiller la créativité  et les dynamiques grâce à l’expression illustrative, susciter un dialogue culturel riche et fructueux autour du livre jeunesse.

  • Le prix Jeanne Cavally pour la littérature de jeunesse ( Côte d’Ivoire)

Le Prix Jeanne de Cavally a été créé en hommage à Jeanne Goba-Wawa, dite Jeanne de Cavally, pionnière de la littérature enfantine de Côte-d’Ivoire.

Un prix pour soutenir une littérature enfantine de qualité. Le Prix Jeanne de Cavally pour la littérature enfantine récompense des ouvrages pour enfants écrits en français et proposés par les maisons d’éditions professionnelles, les auteurs ou illustrateurs de tous les pays assistant au SILA (Salon International du Livre d’Alger). Il est doté de 500 000 F CFA (environ 750 euros) et vise, entre autres, à soutenir l’édition de qualité en matière de littérature enfantine, à donner une grande visibilité au livre pour enfants et à valoriser ses éditeurs, auteurs et illustrateurs.

  • Le Golden Baobab prix 

C’est l’un des prix dont l’objectif est de mettre en lumière les acteurs de la littérature de jeunesse. C’est un prix qui est spécifiquement tourné vers les baobabs de la littérature de jeunesse de demain.  Pour être plus précis, il faudrait noter  que : “The Golden Baobab Prize” est un prix compétitif pour la littérature africaine lancé pour récompenser les plus talentueux écrivains et illustrateurs de la littérature jeunesse africaine. C’est un prix co-créé  en 2008  par l’une des  actrices  les plus marquantes de la littérature jeunesse en Afrique, Deborah Akenkorah et son mentor Rama Shagaya.  Pour ce qui est de la procédure, il est question pour les participants de soumettre des histoires non publiées destinées aux enfants en fonction des tranches d’âge.

  • Le prix international d’Alphabétisation de l’UNESCO

Plus connu  sous le nom du prix UNESCO – Roi Sejong, est un prix mis en œuvre par cette association de l’ONU. Ce prix récompense les programmes innovants d’alphabétisation à travers le monde à l’occasion de la journée internationale d’alphabétisation qui se célèbre le 08 septembre. Il récompensant plusieurs programmes et donne la possibilité  à chacun des lauréats de remporter  une médaille, un diplôme et une somme de 20.000 dollars.

  • Prix éducatif et de bande dessinée (Sénégal ) / récompense de l’association des bédéistes. 

Nous avons sur le continent des auteurs qui font un travail pertinent, de bonne qualité, raffiné avec un message universel comme : Kidi Bebey, Christian Kingue Pagna, Véronique Tadjo, Michelle Tanon etc. Les auteurs africains anglophones sont mieux intégrés que les francophones, cependant, on note l’absence de : 

  • Plateformes ou de réseaux qui rassemblent les auteurs de la littérature jeunesse en Afrique 
  • Réseau des illustrateurs et éditeurs Africains
  • Associations panafricaines qui entrave la collaboration ainsi que le partenariat entre les instances de décisions qui interviennent dans le secteur. 
  • Quel est l’impact de ces prix littéraires sur le continent Africain? 

Environ dix prix littéraires sont décernés chaque année, nébuleux, divers et presque insaisissables, ces prix impactent assez largement les ventes et mettent en effervescence le milieu littéraire. Ils constituent ainsi un jalon important dans le cursus littéraire .

Du point de vue des panélistes, ces prix littéraires constituent un réel encouragement ainsi qu’ une reconnaissance à l’endroit des acteurs. Malgré leur diversité, les prix littéraires ont une importance symbolique – et parfois financière – véritable dans la carrière d’un auteur.

Toutefois, le dynamisme du marché local et les barrières linguistiques influencent la visibilité des acteurs.

Huit propositions structurelles complémentaires aux prix littéraires existant pour faire face aux difficultés du secteur 

  • Créer  un fond de soutien conjoint pour la publication et la traduction de la littérature jeunesse africaine
  • Mettre en place des politiques publiques visant à structurer le secteur à l’instar du projet de l’institut français “ Ressources éducatives”
  • Soutenir, structurer et promouvoir les prix littéraires existant sur le livre jeunesse africain 
  • Faciliter le croisage entre l’espace francophone, anglophone et lusophone; où l’espace francophone va rejoindre les réseaux internationaux de l’espace anglophone 
  • Améliorer la qualité de la production en ayant l’approche des standards internationaux
  • Digitaliser les maillons de la chaîne du livre jeunesse Africain
  • Faire recours à l’approche pédagogique de la lecture en classe en intégrant les livres jeunesse dans les curricula scolaires africains afin d’accroître le potentiel économique des livres
  • Promouvoir l’édition solidaire et la bibliodiversité 

Eu égard à tout ce qui précède, il convient de souligner que, s’il est vrai qu’il y a de plus en plus un foisonnement d’auteurs et illustrateurs de livres jeunesse en Afrique,   ce n’est pas exactement le cas en ce qui concerne les prix littéraires de jeunesse. 

Il existe des prix destinés aux auteurs  de jeunesse qui méritent qu’on s’arrête un instant pour les étudier et comprendre le contexte et les motivations qui ont favorisé la mise sur pied de ces prix. Ils varient d’un pays à un autre.  S’il ya des prix nationaux, il faut rappeler qu’il existe aussi des prix continentaux  et même internationaux. L’Afrique a besoin des prix qui contribuent de manière significative à la légitimation du livre jeunesse africaine. Des prix certes existent, mais quels sont leurs impacts en termes de légitimation et de la promotion de la littérature jeunesse africaine?

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