RDC: quand la BD vole au secours de l’image de Kinshasa

La bande dessinée veut redorer l’image de la capitale congolaise Kinshasa. Des bédéistes ont sorti une œuvre intitulée Mbok’elengi. Débrouille, histoires folles des couples ou encore circulation routière… L’œuvre d’une dizaine d’auteurs passe en revue le quotidien kinois.

Avec notre correspondant à Kinshasa, Pascal Mulegwa

« Mbok’elengi comme pour dire un bon pays, un bon coin du monde, un coin agréable ». Enfoncé dans la belle verdure de l’académie des beaux-arts, Crebix Mozalisi, l’un des auteurs de cette BD, feuillette les 54 pages de l’ouvrage et s’arrête sur une scène impliquant un policier. « Le monsieur s’avance, il demande aux jeunes en train de jouer au foot “pourquoi est-ce que vous jouez sans cache-nez ?” »

Mola Boyika, autre bédéiste participant à l’œuvre collective, s’est quant à lui intéressé aux femmes : « Par exemple, là, le couple devait sortir pour une fête, la femme vient pour exposer ses robes, elle pose la question à son homme, l’homme dit “c’est beau, j’aime”, mais la femme dit “je trouve un sérieux problème par rapport à ça et à ça”. Elle change de robe. Elle a tellement changé de robes que l’homme était énervé et fatigué. Le temps passé, la femme a mis la première robe »

Le quotidien des Kinois

En recueillant ces nombreuses histoires, Crebix Mozalisi et ses quatorze collègues, tous jeunes, veulent donner un autre narratif sur Kinshasa et au pays. « Notre objectif principal était de présenter Kinshasa d’une autre manière, pas pour distancer les gens, pas pour créer une sorte de froid dans le cœur ou dans le chef de ceux qui attendent parler Kinshasa. Parce que généralement quand ils parlent de Kinshasa, ce sont soit les Kulunas [des gangs sévissant dans certains quartiers, NDLR], soit des histoires qui font couler beaucoup de sangs. Alors, on voulait faire voir qu’au quotidien du Kinois, il y a aussi des histoires et des aventures qui font rire, qui font pleurer, ça reste une sorte d’arc-en-ciel, on retrouve toutes les couleurs. »

Une année entière aux bédéistes pour finaliser la BD. Elle a été imprimée à l’étranger à cause du coût élevé de l’impression au pays.

La bande dessinée est considérée comme étant un média qui joue les trois fonctions que tout autre média peut jouer. C’est ainsi qu’on dit que la bande dessinée peut contribuer à améliorer l’image de la République démocratique du Congo dans l’opinion, tant nationale qu’internationale. Les bédéistes congolais, comme ceux d’autres pays d’Afrique, ont toujours le même problème. C’est le problème des maisons d’édition et le problème des financements. Si le ministère de la Culture peut s’engager dans un soutien à l’édition, c’est-à-dire aider ces jeunes dessinateurs pour publier leurs œuvres et que ces œuvres soient mises à la disposition des bibliothèques publiques ou des bibliothèques scolaires, l’État aura joué un grand rôle. Ces jeunes gens sont tentés de fournir leurs propres efforts pour éditer des bandes dessinées. Ils les font et ils les vendent au moindre prix. Si l’État congolais s’engage à un soutien à l’édition, la bande dessinée pourrait contribuer au changement de mentalité. Je me rappelle, quand nous étions jeunes, il y avait une revue qu’on appelait «Jeunes pour jeunes». C’était une revue qui était lue dans tous les coins du Congo. Et on a découvert la bande dessinée en lisant «Jeunes pour jeunes».

SOURCE: https://www.rfi.fr/fr/culture/20220721-rdc-quand-la-bd-vole-au-secours-de-l-image-de-kinshasa

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