vieillard dans une bibliothèque_Cameroun_Muna kalati

6 problèmes majeurs des bibliothèques au Cameroun

Analyses Bibliothèque Documentation

L’écrivain Léandre Sahiri tout comme plusieurs autres auteurs estiment que les Africains ne lisent pas : tous les peuples étant prédisposés à la lecture, il faut questionner les raisons de ce manque d’engouement par rapport à la lecture. Toute personne qui naît doit être initiée à l’apprentissage d’une langue. Et c’est suite à la maîtrise des systèmes de lecture et d’écriture que cette personne acquiert les capacités de lecture.

Nous n’allons pas dans ce billet nous étaler sur toute la chaine ou tout l’environnement qui favorise la lecture mais, nous prenons pour objet d’enquête les bibliothèques. Il s’agit plus concrètement d’établir les différentes responsabilités qui empêchent le développement d’une culture de lecture de manière générale et de la littérature de jeunesse en particulier. Ce diagnostic est uniquement le fruit de notre expérience en tant que jeune chercheur dans les bibliothèques du Cameroun.

Aperçu d'une bibliothèque_Narcisse Fomekong_Muna Kalati

Source image

Les problèmes que rencontrent les lecteurs lorsqu’ils se rendent dans les bibliothèques sont légions et divers : la non actualisation de la collection, l’absence en ligne des informations sur les collections, l’absence des livres sur les réalités africaines, le manque de bibliothécaire professionnel, la mauvaise foi de certains lecteurs et la marchandisation des services de lecture.

1. La vétusté des collections

Les collections que l’on rencontre dans les bibliothèques camerounaises sont la plupart des temps anciennes.

Elles sont le fruit de la première collection, lors de la mise sur pied de la bibliothèque. Elles ne sont pas renouvelées et les chercheurs ont du mal à trouver des ouvrages récents dans ces bibliothèques.

À titre d’illustration, dans les universités camerounaises, les livres récents qui s’y trouvent sont très souvent des dons des personnes particulières ou des auteurs (enseignants) qui souhaitent partager leurs écrits avec les étudiants. Les œuvres récentes publiées sous d’autres cieux sont presqu’inexistants. Cette non-actualisation trouve son fondement dans l’absence d’une politique visionnaire des promoteurs et du manque de moyens financiers. A ce problème de vétusté s’ajoute l’absence en ligne des informations sur les collections.

2. Catalogue en ligne inexistant

Rayon d'une bibliothèque africaine_muna kalati
Rayon d’une bibliothèque africaine_Source

Les bibliothèques au Cameroun n’ont presque pas de catalogue accessible en ligne. Quand bien même il y en a, ces catalogues ne sont pas mieux à même de nous renseigner sur les ouvrages qui constituent les collections. Cela peut se vérifier sur le site de l’Université de Yaoundé 1.  L’Université de Dschang tout comme d’autres universités camerounaises ne possède pas de catalogue en ligne. Ce manque d’information en ligne ne suscite pas l’intérêt des personnes qui pourraient se déplacer d’une ville à une autre dans le but de trouver un ouvrage spécifique.  Sur le site de l’Université d’Afrique centrale (UCAC) il y est présenté une idée globale sur la collection mais il n’est pas possible de savoir exactement quels sont les ouvrages qui sont disponibles. Dans la même veine, on ne saurait avoir une idée sur les œuvres portant sur la littérature enfantine.

3. Absence de la production locale

Non seulement les livres ne sont pas des publications récentes, mais aussi on remarque une absence significative des productions locales et surtout de littérature de jeunesse.

Ce problème est certes lié au manque d’une politique de l’industrie culturelle qu’est l’industrie du livre ou de l’édition mais, il ne faut pas perdre de vue le fait que les bibliothèques font rarement des achats. 

Les livres dans les bibliothèques camerounaise sont en majorité étrangers parce qu’ils sont très souvent des dons des pays étrangers.

Dans une certaine mesure, ces pays font la promotion de leurs écrits et par conséquent de leurs cultures au détriment des cultures locales. C’est ainsi que les lecteurs sont généralement très éloignés des réalités qu’ils rencontrent dans les lectures. Il est plus qu’important d’établir des partenariats entre les éditeurs et les bibliothèques afin de fournir ces dernières en productions locales et en littérature de jeunesse.

4. Absence de professionnalisme

Un autre facteur qui fragilise les bibliothèques au Cameroun est la mauvaise gouvernance.

L’on retrouve dans ces bibliothèques des personnes qui n’ont pas de formation de bibliothécaire mais qui sont au service des lecteurs. Ces personnes ne sauraient apporter des réformes nécessaires tout comme elles sont souvent incapables de répondre aux aspirations des usagers.

La littérature de jeunesse, à titre d’illustration, nécessite une attention particulière dans la mesure où, le bibliothécaire est très souvent amené à orienter les choix aussi bien des enfants que ceux des parents. L’entretien des documents, le catalogage, l’orientation des usagers etc. qui sont primordiaux dans une bibliothèque sont ainsi relégués à un plan inférieur, d’où la décadence de certaines bibliothèques.

5. Lecteurs véreux

Nous avons aussi un type de lecteur qui ne favorise pas du tout la prospérité des bibliothèques.

Plusieurs livres dans les bibliothèques ont des pages manquantes. Ces pages sont déchirées par les lecteurs pour des raisons multiples et purement égoïstes dans la mesure où on ne saurait s’intéresser à une information trouver dans un domaine public et priver les autres d’y avoir accès. 

Les documents sont souvent aussi dans un état délabré ou pire encore disparaissent carrément de la collection car, ayant été empruntés mais pas remis par le lecteur. Il est donc important de conscientiser les lecteurs à travers des ateliers sur l’usage des collections dans les bibliothèques. Cette conscientisation est plus efficace lorsqu’elle se fait dans l’enfance ou dans l’adolescence, périodes durant lesquelles se passe l’initiation à la lecture.

6. Vente des services de bibliothèque

Le dernier obstacle que nous pouvons mentionner est la vente des services de bibliothèque. Dans la plupart des bibliothèques du Cameroun, l’accès est conditionné par le payement d’une somme d’argent.

Dans un contexte où la lecture n’est pas la chose la mieux partagée, et avec la précarité économique, cette exigence n’est pas du genre à susciter l’engouement des lecteurs. Il est donc primordial, voir urgent de favoriser l’accès gratuit à tous les citoyens.

Dans les pays comme l’Espagne ou l’Italie, l’accès aux bibliothèques est gratuit. Ceci permet aux élèves, aux étudiants et aux enseignants de pouvoir y séjourner dans le cadre de leurs recherches et au citoyen lambda de considérer ce lieu comme un lieu de distraction.

Les problèmes que rencontrent les bibliothèques au Cameroun et qui à l’origine du manque d’engouement pour la lecture sont légions. Nous avons énuméré juste quelques-uns dans cette réflexion.

Il est donc urgent pour le gouvernement camerounais ou tout au moins pour les institutions culturelles et académiques concernés de pouvoir résoudre ces problèmes afin de favoriser l’émergence de l’institution qu’est la bibliothèque. Il s’agit, entre autres solutions, de créer les rayons de littérature de jeunesse dans toutes les bibliothèques ; acquérir les ouvrages récents afin d’actualiser les collections ; rendre disponible les catalogues en ligne afin de faciliter l’accès et former le personnel en charge des bibliothèques.

L’importance des bibliothèques dans un pays qui se veut émergent n’est plus à démontrer. La culture de lecture est une dynamique qui se construit dès le bas âge et se transmet de génération en génération.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *