En Afrique, on pense très peu à l’épanouissement des enfants

Interviews Muna Kalati

Boniface Ofogo Nkama est un conteur et écrivain né en 1966 dans le village Bogondo au Sud du Cameroun. Il s’expatrie en 1988 en Espagne après l’obtention d’une Bourse d’étude du gouvernement espagnol. Depuis 1992, ce médiateur culturel et social parcourt  les villes du monde afin de promouvoir les contes, les légendes, les fables et les mythes de la tradition orale africaine. Dans cette interview, il nous décrit son expérience et sa contribution à la littérature de jeunesse en Afrique.

Bonjour Monsieur  Boniface Ofogo Nkama

Bonjour Narcisse.

Comment s’est déroulée votre rencontre avec le livre et la lecture ? *

Tout a commencé quand j’étais tout petit, dans mon village natal, à Omassa dans le Mbam et Inoubou. Chaque soir, j’assistais à la veillée de contes qu’organisait ma famille. C’est là que j’ai lu mes premiers livres pour enfants, mais c’était des livres écrits “en l’air”, car, pour moi, les conteurs traditionnels écrivent des livres en l’air, inconsciemment.

Quels furent les premiers livres pour enfants que vous avez lus ? Étaient-ils africains ? Des auteurs d’enfance dont vous vous souvenez ?

A part les livres écrits en l’air par les conteurs de mon village, les premiers livres que j’ai lus étaient de Jules Vernes (Voyage au centre de la terre, Vingt mille lieux de voyage sous-marin, Les enfants du capitaine Grant, etc…). Plus tard, dans le cadre du programme scolaire, j’ai lu Les contes d’Amadou Koumba, de Birago Diop. J’ai lu Petit prince, de Saint-Exupéry, quand j’avais 16 ans.

Pourriez-vous nous dresser un panorama de votre carrière ? Pourquoi vous êtes-vous intéressé à l’univers de la littérature  pour enfants ? Est-ce un choix ou un coup du destin ? *

En réalité c’est le fruit du hasard. Je suis arrivé à la littérature pour enfants grâce aux contes oraux qui avaient nourri mon imaginaire depuis mon enfance. J’y ai pris goût à l’Université à Madrid, quand mes camarades m’ont demandé de raconter une histoire africaine à l’occasion de la semaine culturelle de la faculté. Et ce jour-là, j’ai compris que j’avais un talent de conteur que j’ignorais.

Quelles sont les difficultés et obstacles auxquels vous avez dû faire face ? L’accès aux éditeurs a-t-il été aisé ?

Je n’ai pas de difficulté pour trouver un éditeur, un peu grâce au caractère exotique de mes  

Comment assurez- vous la promotion de vos livres ?

Je ne fais aucune promotion. C’est la maison d’édition qui s’en charge. Bon, peut-être parfois, à travers les réseaux sociaux

Combien de livres pour enfants avez-vous publiés à ce jour ? Pourriez-vous les nommer?

Deux pour le moment, (Una vida de cuento, El león Kandinga) et un troisième est sur le point de paraître (A paso de tortuga).

Quels rapports entretenez-vous avec les auteurs/illustrateurs africains de jeunesse du Cameroun/ou de l’étranger ?

Aucun contact avec les auteurs/illustrateurs africains ni camerounais. J’aimerais avoir des contacts surtout avec les illustrateurs africains.

Menez-vous des actions pour la promotion de la littérature jeunesse en Afrique/Cameroun?

Surtout dans les universités (Yaoundé et Maroua, à l’ENS de Maroua).

Au Cameroun comme en Afrique, la filière du livre pour enfants est peu connue du Grand public et surtout des parents. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Je ne sais vraiment pas pourquoi ce mépris, ou cette ignorance. Peut-être parce que nos sociétés donnent encore plus d’importance aux aspects utilitaires de la vie. Et le livre ne donne pas à manger aux enfants quand ils ont faim, ni les médicaments quand ils sont malades.

Que pensez-vous de la situation générale du livre et de la lecture dans votre pays ? Auriez-vous des propositions pour en améliorer la gestion ?

La lecture au Cameroun, comme dans le reste de l’Afrique, est encore intimement liée à l’enseignement. Du coup, les seuls livres que les enfants lisent sont ceux qui sont au programme. Il n’y a pas de bibliothèque publique, encore moins de bibliothèques scolaires. Il faut entreprendre, de la part du ministère de la culture et des collectivités territoriales récemment mises sur pied, des campagnes de promotion du livre. Il faut doter le pays de bibliothèques. Au moins une bibliothèque par région, par ville, par département, et pourquoi pas, par arrondissement. Ce n’est pas si cher. 2% de l’argent détourné par les gestionnaires des crédits serait suffisant. Si j’étais ministre de la culture au Cameroun, ce serait ma priorité absolue.

En Afrique, la littérature jeunesse est située à la périphérie et est vue comme un genre marginal par rapport aux littératures classiques. Qu’en pensez-vous ?

En général, en Afrique on pense très peu à l’épanouissement des enfants. La société est centrée sur les adultes. Les enfants se débrouillent comme ils peuvent.

Quelle est votre vision de l’avenir de la littérature jeunesse dans votre pays?

Cet avenir dépendra essentiellement des actions entreprises par les pouvoirs publics pour la promotion du livre et de la lecture. Plus les gens liront, plus il y aura des vocations d’écrivain, et vice versa. C’est un cercle vertueux.

Merci d’avoir répondu à nos questions.
Je vous en prie.

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