Muna Kalati

L’app BiBook facilite l’accès gratuit aux livres et rémunère les auteurs au premier livre vendu

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L’accès au livre a longtemps été une barrière considérable pour les lecteurs d’Afrique. S’il est vrai qu’il existe d’excellents écrivains africains, leurs œuvres demeurent majoritairement inaccessibles, pour des raisons économiques, infrastructurelles (peu de librairies et centres de lecture) ou politiques (absence de mesures publiques favorisant la distribution et promotion de la lecture). L’avènement du numérique a donc été une aubaine, facilitant ainsi un plus large accès aux contenus informationnels et culturels, dont le livre.

bibook édition numérique

Cependant, la majorité des solutions technologiques existantes étaient principalement conçues hors d’Afrique, limitant ainsi dans une certaine mesure leur appropriation pleine par le public africain. Mais tout récemment, Bibook, une application pour l’édition numérique de livres, a été développée par des entrepreneurs culturels opérant au Mali. Dans cet entretien, l’équipe de Muna Kalati, a rencontrée l’un des promoteurs de cette application et nous vous invitons à découvrir leur parcours et les péripéties rencontrées à ce jour.

Merci d’avoir accepté vous consacrer à cet entretien autour de l’application Bibook. Mais avant, pourriez-vous vous présenter brièvement ?

Je m’appelle Jean-Louis Sagot-Duvauroux, philosophe et dramaturge, très impliqué dans la vie culturelle et artistique du Mali, co-fondateur de la compagnie théâtrale malienne BlonBa, aujourd’hui BaroDa. Je participe activement au réseau culturel Culture en partage, actif au Mali et dans d’autres pays d’Afrique. Je suis un des initiateurs de BiBook, l’éditeur numérique africain.

Maintenant, pourriez-vous nous présenter votre initiative ?

BiBook est une application gratuite développée par la jeune startup bamakoise We’re solution et le réseau Culture en partage. L’application BiBook peut être téléchargée sur smartphone ou tablette à partir des plateformes Play store et App store. Lors de ses 8 premiers mois d’existence, BiBook a publié 9 livres choisis à partir des enjeux culturels de l’Afrique et ces 9 livres peuvent être gratuitement téléchargés. Près de 30 000 livres ont ainsi été acquis par des lecteurs africains.

Le public recherché est principalement la jeunesse africaine, peu habituée au livre, mais beaucoup aux écrans et dont les revenus sont souvent réduits. En 2021, BiBook va également devenir une librairie numérique au service de l’édition africaine, avec la possibilité d’acheter des livres via les systèmes de paiement par téléphone, rémunérant les éditeurs et les auteurs.

D’où vous est venu l’idée de monter une pareille initiative ?

C’est d’un groupe de très jeunes artistes, informaticiens et acteurs culturels maliens qu’est partie l’idée, avec le soutien et les conseils d’auteurs déjà publiés, comme Ousmane Diarra ou moi-même. Ils étaient heurtés par le fait que la lecture, principal vecteur de connaissance, soit en grande partie inaccessible aux jeunes africains, surtout loin des grandes villes. Ils pensaient aussi aux auteurs, qui souvent doivent payer pour se faire éditer.

Avec BiBook, les droits d’auteurs sont versés au premier livre vendu.

Enfin, l’édition africaine souffre du fait de l’absence de dispositifs de distribution adaptés : très peu de librairie, les grandes plateformes inaccessibles soit parce qu’elles ne diffusent pas en Afrique, soit parce qu’elles nécessitent de disposer d’une carte bancaire. BiBook a été pensé pour répondre au mieux à ces obstacles. En bonus, comme BiBook est partout disponible via le web, sa sélection d’ouvrages est ouverte à tous les lecteurs de la planète et peut permettre aux publics éloignés de découvrir des ouvrages qui renforcent la visibilité des riches cultures de l’Afrique.

En quoi est-elle différente des projets similaires existants ?

Le concept de BiBook est une innovation. L’éditeur numérique permet un travail militant pour l’accès au livre et à la lecture, avec une collection qui restera permanente d’ouvrages gratuits appartenant au domaine public. Il constitue une librairie personnelle distribuée dans des milliers de poches. Il se rentabilise comme éditeur et comme libraire par la voie classique de la vente d’ouvrages.

 C’est un pas décisif pour l’indépendance culturelle de l’Afrique.

Quelles sont les progrès ou réalisations jusqu’à ce jour ?

Pour nos premiers mois d’existence, nous avons publié 9 titres majeurs et gratuitement disponibles :

  1. GOUVERNEURS DE LA ROSEE, roman de l’écrivain haïtien Jacques Roumain, un chef d’œuvre au programme de tous les lycées.
  2. LE VOYAGE AU SOUDAN, d’Ibn Battùta ; ce voyageur arabe visite le Mali au XIV siècle et raconte ses expériences et découvertes.
  3. MEMOIRES D’ESCLAVE, de Frederick Douglass, le témoignage bouleversant d’un homme qui a passé son enfance et son adolescence comme esclave aux USA.
  4. LA MODESTE PROPOSITION, de Jonathan Swift ; un pamphlet grinçant contre le colonialisme anglais en Irlande.
  5. VOYAGE AUTOUR DE MA CHAMBRE, de Xavier de Maistre. Le livre culte de tous les confinés : 42 jours à explorer sa chambre sans en sortir.
  6. LES 30 PLUS BELLES FABLES de La Fontaine ; un florilège de textes qui appartiennent à la culture mondiale.
  7. LE REGNE DE L’ASKIA MOHAMMED, de Mahmoud Kâti, tiré de son Tarikh El Fettach (16e siècle)
  8. BUG JARGAL, premier roman du grand Victor Hugo consacré à une figure de la révolution anti-esclavagiste de Saint-Domingue.
  9. PRESQUE-SONGES et TRADUIT DE LA NUIT de Jean-Joseph Rabearivelo, immense poète malgache du début du XXe siècle.

En 2021, BiBook va s’ouvrir à la vente de livres (autour de 2000 FCFA ou 3€) par paiement téléphonique ou carte bancaire tout en conservant une collection d’une dizaine de livres gratuits régulièrement renouvelée.

Nous travaillons aussi à l’édition de livres audio dans le maximum de langues africaines. Une collection de livres de jeunesse est à l’étude, dont des bandes dessinées.

Collaborez-vous avec d’autres entrepreneurs culturels en Afrique?

Nous avons commencé à constituer un réseau d’acteurs du livre et de la vie culturelle, pour l’instant surtout au Mali, mais aussi ailleurs en Afrique : éditions La Sahélienne (Mali), Festival de BD Bilili (Brazzaville), Festival FIBE (Cameroun)… Nous espérons rapidement étendre ce réseau pour donner un débouché pratique et populaire à l’édition africaine.

Quels sont les difficultés principales que vous rencontrez dans la réalisation de BiBook ? Comment les surmonter vous ?

Pas de difficultés majeures jusqu’à présent. Nous avons trouvé au Mali même toutes les compétences nécessaires. Chacun a investi son travail pour lancer l’application. Quelques soutiens financiers sont venus de la part de partenaires étrangers (Allemagne, Suisse, France), soutiens qui sont resté marginaux, mais qui nous ont permis d’accélérer le processus et que nous remercions.

Pour la phase qui vient, nous sommes devant des enjeux financiers (investissements) et professionnels nouveaux (réseau de partenaires en Afrique). Nous espérons franchir l’obstacle avec le concours de toutes les forces intéressées au développement de la lecture et de la connaissance en Afrique.

De quel soutien ou appui auriez-vous besoin pour accroitre l’impact de votre initiative et en accélérer le développement ?

Muna Kalati

Nous cherchons à établir des partenariats solides dans toute l’Afrique pour mieux connaître le paysage éditorial du continent et proposer le meilleur choix d’ouvrages dans notre librairie.

Et bien sûr, nous espérons attirer l’attention d’investisseurs avisés, convaincus que l’ignorance est un frein mortel au développement et que nous avons à moyen terme de bonnes perspectives d’autonomie commerciale.

Quel est l’impact de cette initiative sur la promotion du livre et de la lecture ?

Le bruit court sur les réseaux et alerte les esprits. Près de 30 000 téléchargements ont déjà été effectué, ce qui amène à s’interroger : existe-t-il un appétit de lecture face à une telle offre ? Bonne nouvelle, il existe !

Comment envisagez-vous l’industrie du livre et de la lecture dans les 5 à 10 prochaines années?

L’alliance entre l’édition numérique et l’édition papier à la demande nous semble la voie royale pour le développement [de l’industrie du livre]. Il faut aussi que les autorités politiques et les forces économiques comprennent que le livre est un bien essentiel dans la construction des nations et un champ d’activité économique, une industrie qui peut se développer rapidement, du fait notamment du peu de livres actuellement en circulation.

Un dernier mot pour les lecteurs de Muna Kalati? Une question à laquelle vous aimeriez répondre ?

La lecture de ces informations vous a-t-elle donné l’envier de télécharger l’application sur votre téléphone ou votre tablette ? Si vous vous pouvez le faire ici :

Ou suivre l’évolution du projet sur Facebook : https://www.facebook.com/editionbibook/

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