Pacotille, une histoire de l’esclavage à hauteur d’enfant

Interview avec Aurélie Bambuck, propos recueillis par Hermann Labou pour Muna Kalati. 

Aurélie BAMBUCK a commencé sa carrière audiovisuelle sur la 5ème (ancienne France 5) dans une émission pour les 12-25 ans, “En juin ça sera bien”. Elle a ensuite présenté une émission de sport sur RFO ( ancienne chaîne outremer de France télévisions) et présenté le journal Afrique sur TV5monde.  Après avoir travaillé à France Info et France Inter, elle est arrivée en 2014 à Bordeaux pour présenter la matinale sur France Bleu Gironde. Depuis 2022, elle se concentre sur les activités de réalisation et d’écriture : elle a réalisé 2 documentaires, en 2020 ” Barnay-Bambuck athlètes engagés” et en 2022 “Au nom de nos ancêtres esclaves et négociants”. Egalement, elle a coscénarisé avec Eric Corbeyran une bande dessinée racontant une histoire de l’esclavage à hauteur d’enfant Pacotille aux éditions Jungle.

Comment s’est passée votre première expérience avec les livres et la lecture ?

Ma première expérience avec la lecture s’est faite par la bande dessinée. Mon père est un collectionneur d’Astérix et Lucky Luke : dès que j’ai été en âge de lire, je me suis plongée dans l’histoire de ces prétendus ancêtres gaulois pour mieux les découvrir et me rendre compte que je n’avais rien en commun avec eux : c’est sans doute ma première prise de conscience sur mes origines à déterminer. J’ai grandi en région parisienne, de parents d’origine antillaise, il y avait dans la bibliothèque familiale de nombreux livres d’écrivains français : Victor Hugo, Balzac, Zola, Maupassant, Jules Verne,  des livres d’Aimé Césaire, et des essais philosophiques.

Quels sont les premiers livres pour enfants que vous avez lus ? 

Mes premiers livres viennent de la bibliothèque rose, des histoires pour enfants comme les aventures de oui oui et son grelot, candy, des personnages enfantins.

Étaient-ils africains ? 

Je ne lisais pas de livres africains, ignorant totalement l’existence de cette littérature, je ne sais d’ailleurs pas si elle était développée à mon époque. Tout comme les livres pour enfants d’écrivains antillais, ça n’est qu’en devenant mère de famille que j’ai découvert leur existence.

Des auteurs de votre enfance dont vous vous souvenez ? Que vous ont appris ces pratiques de lecture lorsque vous étiez enfant ?

C’est Jules Verne qui m’a le plus marqué lorsque j’étais enfant. Des récits de voyage imaginaire m’ont donné envie de m’évader par l’écriture, de laisser vivre mon imagination.

Pouvez-vous nous donner un aperçu de votre carrière ? 

J’ai pratiqué le journalisme radio de 2004 à 2022.J’ai travaillé à Paris, à France Info puis à France Inter dans les services sport, puis culture. En parallèle de cette carrière radio, j’ai fait de la télévision pour les chaînes d’outremer de France Télévisions : j’ai présenté une émission sur les sportifs d’outremer, j’ai également présenté pendant 2 ans le journal Afrique sur TV5 monde. Depuis 2019, je me suis lancée dans la réalisation de documentaires pour la télévision. En 2020, j’ai réalisé « Barnay-Bambuck athlètes engagés » l’histoire des carrières de mes parents, Roger Bambuck et Ghislaine Barnay, qui furent des champions d’athlétisme dans les années 60, 2 champions des Antilles qui ont fait briller la France.

En 2022, j’ai réalisé « Au nom de nos ancêtres esclaves et négociants » : une double enquête généalogique entre la descendante d’esclaves que je suis, et la descendance d’un négociant colonial bordelais pour livrer une vision de l’histoire de l’esclavage colonial à l’échelle humaine et tout en nuance. En 2022 j’ai également publié ma première bande dessinée, Pacotille, une histoire de l’esclavage à hauteur d’enfant, que j’ai co-scénarisé. Aujourd’hui j’aimerais poursuivre dans l’écriture et la réalisation de documentaires ainsi que dans l’écriture de bande dessinée.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au monde du livre pour enfants ? Est-ce un choix ou un coup du sort ?

J’ai eu l’opportunité de travailler sur le scénario de Pacotille : c’est une proposition qui m’a été faite par un scénariste de renom, Corbeyran. J’ai accepté tout de suite car la thématique était liée à mon travail sur le documentaire, et parce que tout cela me semblait avoir du sens même si je n’avais pas encore l’expérience de la littérature jeunesse. Je suis mère de 3 enfants, et j’aime leur offrir des livres. Aujourd’hui je suis contente de ce choix et je travaille d’ailleurs à l’écriture du 2ème volume de Pacotille qui paraîtra en mai 2023.

Extrait de Pacotille

Quels sont les difficultés et les obstacles que vous avez rencontrés ? L’accès aux éditeurs a-t-il été facile ? 

C’est Corbeyran qui s’est chargé du contact avec les éditeurs, étant une personnalité reconnue dans le monde de la bande dessinée. La maison d’édition Jungle, appartenant au groupe Steinkis, a tout de suite accepté le projet et nous avons signé pour 2 tomes, avec l’espoir d’écrire la suite rapidement si la bande dessinée rencontre son public.

Est-il possible de vivre uniquement de cette profession ?

Il est possible de vivre de cette profession si on écrit beaucoup de livres, ce qui n’est pas mon cas, c’est une activité complémentaire, mais pas principale pour réussir à vivre.

Comment faites-vous la promotion de vos livres ? Quelle est la réception de votre travail auprès du public ?

Je réponds aux demandes médias qui passent par l’éditeur, je réponds également aux demandes du monde des enseignants car cette BD a un but pédagogique. Tous les retours que j’ai eu depuis la sortie le 22 septembre dernier sont tous positifs. Le public s’attache au personnage de Pacotille, à l’histoire, au cahier pédagogique que j’ai élaboré à la fin du volume.

J’ai eu récemment les premiers retours du public dans les départements d’outremer, tout aussi positif, j’ai le sentiment que Pacotille comble un vide : c’est la première BD à raconter l’histoire de l’esclavage pour les enfants.

 Combien de livres pour enfants avez-vous publiés à ce jour ? Pouvez-vous les citer ? Aimeriez-vous que Muna Kalati fasse une analyse de ces livres ?

Je n’ai publié que Pacotille, j’espère que vous avez eu l’occasion de la lire !  

Quelle est votre relation avec les auteurs/illustrateurs de livres pour enfants africains ? Collaborez-vous avec des professionnels camerounais du livre pour enfants ?

J’ignore totalement le monde de la littérature africaine.

Ma première et seule expérience a été de lire les mémoires d’Amkoullel, l’enfant Peul par Amadou Hampâté Bâ, un livre que j’ai dévoré, et qui m’a transporté dans un monde de sagesse et d’humanité, cela m’a donné envie de découvrir d’autres auteurs africains.

Menez-vous des actions pour la promotion de la littérature de jeunesse en Afrique/Cameroun ? N’hésitez pas à les décrire si nécessaire.

J’espère avoir l’occasion de parler de Pacotille sur le continent africain, un continent où je ne me suis malheureusement encore jamais rendue.

Quel fut l’impact du COVID sur votre travail ? Quelles mesures avez-vous développées pour vous adapter ?

Le covid n’a pas eu d’impact sur mon travail, comme j’écris sur ordinateur, il est facile d’échanger, et l’écriture du scénario de Pacotille a été élaborée après le premier confinement.

Au Cameroun comme en Afrique, le secteur du livre pour enfants est peu connu du grand public et surtout des parents. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

J’ignore les raisons et je regrette qu’il y ait ce phénomène, j’espère qu’une bande dessinée comme Pacotille permettra d’attirer des nouveaux lecteurs.

Que pensez-vous de la situation générale du livre et de la lecture dans votre pays ? En Afrique ? Avez-vous des propositions à faire pour améliorer sa gestion ?

Le monde du livre est riche en sorties en France, il y a de nombreuses publications par des auteurs différents, confirmés, comme débutants.

Je n’ai aucune expertise sur cet univers en Afrique.

En Afrique, la littérature pour enfants est située à la périphérie et considérée comme un genre marginal par rapport à la littérature classique. Que pensez-vous de cela ?

Cette vision n’est pas propre à l’Afrique, mais les choses évoluent, la littérature jeunesse a son salon chaque année en France, à Montreuil, ce qui démontre un dynamisme.

Quelle est votre vision de l’avenir de la littérature pour enfants dans votre pays ?

J’espère qu’elle poursuive son dynamisme

Un dernier mot?

Merci

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