«Une littérature jeunesse ne peut pas vivre de projets financés par des ONG », Ousmane Diarra

Muna Kalati

Ousmane Diarra est un écrivain polyfacétique né à Bassala  au Mali en  1960. Parallèlement à ses écrits, il est enseignant de langue française et bibliothécaire à l’Institut français de Bamako. Dans cette interview, il éclaire les lecteurs de Muna Kalati sur la littérature  de jeunesse en Afrique, plus précisément au Mali.

Bonjour Ousmane Diarra!

Bonjour Narcisse!

Comment s’est passée votre première expérience avec les livres et la lecture ?

La Croix Rouge récompensait les meilleurs élèves avec des livres. Il y avait surtout la biographie de Henry Dunant, le fondateur de la Croix Rouge. Je l’ai lue et relue plusieurs fois parce qu’il n’y avait pas d’autres livres. C’était en 1972-73 dans mon village de Bassala. Ces années correspondent à celles des grandes sécheresses dans les régions sahéliennes.

Plus tard, à Bamako, je découvrirais les « Tintin » et « Kouakou » avec la fille d’un voisin français (on avait entre 13 et 14 ans). Plus tard encore, ce sera Jules Verne et d’autres à la bibliothèque du Centre français de la documentation où mon oncle est allé m’inscrire en 1976.

Quels sont les premiers livres pour enfants que vous avez lus ?

Tintin, Kouakou, Vingt mille lieues sous la mer de Jules Verne. Ils m’ont appris que le monde est vaste et divers et beau.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au monde du livre pour enfants ? Est-ce un choix ou un coup du sort ?

J’écris des livres jeunesse, mais aussi des romans pour adultes, des nouvelles et de la poésie. J’aimais écouter les contes quand j’étais enfant. Je les raconte et les écris. C’est un choix. Mon enfance est restée en moi.

Quels sont les difficultés et les obstacles que vous avez rencontrés ? L’accès aux éditeurs a-t-il été facile ?

L’édition est la principale difficulté. Une littérature jeunesse ne peut pas vivre de projets financés par des ONG, lesquels ne durent qu’un an. Le livre est vite épuisé et son éditeur n’a plus les moyens de le rééditer. Ce fut le cas pour plusieurs de mes titres : La longue marche des animaux assoiffés  (1994) qu’on retrouve aujourd’hui sur internet, je ne sais comment ;  Les jumeaux à la recherche de leur mère (2004) qui a donné lieu à  un clip, mais qui aujourd’hui épuisé et introuvable…

Il nous faut des éditeurs professionnels, capables d’investir (donc de prendre des risques financiers) dans l’édition des livres jeunesse.

Comment faites-vous la promotion de vos livres ? Quelle est la réception de votre travail auprès du public ?

Mes livres sont très prisés par les enfants, mais ceux publiés dans mon pays, sans droit d’auteur et sur subvention, sont vite épuisé et ne sont plus réédites.  Je ne m’engage pas personnellement dans la promotion de mes livres. C’est le travail des éditeurs, à mon avis. Ecrire et faire de l’autopromotion ne me semble pas une bonne idée. Pour cause, un de mes enfants m’a ramené un machin, bourrés de fautes, y compris sur la couverture (d’à peine 6 pages) dont l’auteur est allé vendre à 200 CFA comme étant un livre de grammaire. Si chaque auteur fait sa propre promotion, les plus modestes occuperont le devant de la scène. C’est mon point de vue.

Combien de livres pour enfants avez-vous publiés à ce jour ? Pouvez-vous les citer ?

La longue marche des animaux assoiffés, Néné et la chenille, Les jumeaux à la recherche de leur mère, La princesse capricieuse, Mérin l’orpheline, Le lion et le buffle, Le chasseur et le lézard, Le rêve du grand calao, L’hyène et les chèvres de la vieille grand-mère etc.

Quelle est votre relation avec les auteurs/illustrateurs de livres pour enfants africains ?

Malheureusement non. J’ai rencontré certains, comme Epanya. Les auteurs africains circulent peu en Afrique, de même que leurs livres. Pour la plus part, ils ne sont connus que dans leur propre pays. A tout cela s’ajoute aussi l’effort que les éditeurs professionnels doivent faire pour prospecter dans d’autres pays à la recherche d’auteurs. Les auteurs en général, sont très timides….

Menez-vous des actions pour la promotion de la littérature de jeunesse en Afrique? N’hésitez pas à les décrire si nécessaire.

J’ai participé à quelques salons, en France, en Suède et en Guinée. J’ai des manuscrits à proposer aux éditeurs, des histoires en tête que je peux écrire. Je suis prêt à travailler avec tout éditeur sérieux et professionnel. Quant à la promotion de mes livres, comme je l’ai dit plus haut, à part animer des contes, je ne fais rien d’autres.   Pas plus. Je conte aux enfants.

Quel fut l’impact du COVID sur votre travail? Quelles mesures avez-vous développées pour vous adapter? *

Je n’ai pas pu voyager, pas perçu de droit d’auteur. Au début, j’ai eu beaucoup de mal à me concentrer, tellement j’avais peur pour mon pays, pour l’Afrique. J’étais anxieux et me demandais comment l’Afrique allait pouvoir faire face à cette pandémie. J’imaginais des hécatombes. Heureusement, ce ne fut pas le cas.

J’ai quand même publié trois titres dans une maison d’édition malienne.

En Afrique, la littérature pour enfants est située à la périphérie et considérée comme un genre marginal par rapport à la littérature classique. Que pensez-vous de cela ?

Il s’agit de l’égoïsme des parents et le désintérêt de l’Etat. Tout ce qui ne flatte pas l’ego des adultes est marginalisé.  Un exemple : si les épopées des griots, en tout cas au Mali, connaissent des succès foudroyants et sont vendues (ou téléchargées) comme du petit pain, c’est parce qu’elles parlent de la vie des adultes, de leurs préoccupations, de leur histoire, de ce qui les intéresse. Elles flattent donc l’égo surdimensionné de l’adulte… C’est le contraire pour les livres, lesquels, souvent même, remettent en cause cet ego surdimensionné…

Quelle est votre vision de l’avenir de la littérature pour enfants dans votre pays ?

Franchement, je suis un peu pessimiste. On ne peut pas parler de littérature jeunesse quand l’éducation est plus défaillante. Il faudra mettre les livres jeunesse au programme scolaire.

Comment voulez-vous contribuer au projet Muna Kalati ?

Collaborer avec les éditeurs jeunesse africains fiables et professionnels, capables de diffuser les livres en Afrique et à l’étranger.

Un dernier mot?

Mes remerciements sincères aux initiateurs.

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