Cinq    amazones  de la littérature de jeunesse en  côte d’ivoire  que vous devez absolument connaitre

Muna Kalati

Cette réflexion s’inscrit dans le cadre de la continuité d’un travail amorcé par Christian Elongue lorsqu’il abordait les Cinq baobabs de la littérature de jeunesse au Cameroun. Comme il a stipulé dans la conclusion, « cette série sur les baobabs de la littérature jeunesse s’étendra à d’autres pays africains, notamment la Côte d’Ivoire, Congo, Sénégal, Ghana, Mali etc. L’idée c’est de valoriser ces auteurs et acteurs de l’édition de livre qui œuvrent depuis des décennies pour promouvoir une culture durable de la lecture auprès des jeunes ».  Dans cette lancée, il est question  de migrer vers l’Afrique de l’Ouest, en Côte d’ivoire pour être plus précis. Il s’agit des auteures qui se démarquent particulièrement par leurs travaux. Et même si elles n’ont pas toujours toute la considération qu’elles mériteraient au regard  de leurs contributions, nous voulons par ce devoir de mémoire, restituer ou encore mettre en branle  leurs parcours et  leurs travaux qui permettront progressivement de vulgariser les avancées du secteur de littérature de jeunesse en Afrique subsaharienne. Comme critères de sélection, nous avons mis l’accent sur la fréquence et le nombre de publications, la polyvalence dans le secteur jeunesse et en dehors, la traduction des œuvres des concernées et les reconnaissances nationales et internationales. Ce n’est pas une  négation de l’existence  d’autres acteurs et auteurs  de la littérature de jeunesse en Côte d’Ivoire. Ceci dit,  même s’il n’est pas du tout question ici de créer une certaine hiérarchie, nous introduisons directement celle-là qu’on pourrait  considérer comme l’une des plus remarquables : Murielle Diallo.

Muriel Diallo1-Murielle Diallo

Source de l’image : https://www.babelio.com/auteur/Muriel-Diallo/104529 

Cette figure principale de la littérature de jeunesse a à son compteur  40 œuvres pour enfants, la femme-arbre et le chasseur, Qui est dans la luneAida et l’arc-en-ciel ;  Mbéla et la perle de Mamiwater et bien d’autres.  Prolifique et  polyvalente, elle détient plusieurs casquettes :   conteuse, illustratrice, peintre.  Entre 2000 et 2015, sa résilience légendaire   lui a permis de produire et illustrer pas moins de 16 titres.   Née en 1968, Murielle Diallo   s’est familiarisée avec les livres, on dirait par un coup du destin. Tout part d’un tourne disque reçue de sa mère,  avec entre autres des albums de jeunesse. Très séduite par les histoires qui y étaient contenues,   elle  se lance dans la voie du livre. A seulement 21 ans, cette amazone remporte le prix spécial au concours de manuscrits de littérature pour la jeunesse décerné par les Éditions CEDA[1] (1988). Quatre ans plus tard, elle sort vainqueur du  premier prix ivoirien de l’ACCT[2] (Agence de Coopération Culturelle et Technique). L’une de ses productions a même été sélectionnée pour le prix Saint Exupéry en 2000.  Fascinée par l’art de raconter,  elle embrasse une carrière de conteuse. Comme peintre,  elle a  exposé dans plusieurs galeries africaines de renom. Depuis 2007,  Murielle Diallo réside en France ou elle continue dans ses activités de production. D’ailleurs, comme on peut le noter dans   un entretien accordé à Muna Kalati,  sa dernière sortie est plutôt récente car elle date de 2020, la collection Pi et Po contenant 7 titres pour les plus petits.

Fatou Keïta2- Fatou Keita

Source de l’image : https://www.babelio.com/auteur/Fatou-Keita/25956

S’il y a une unité lexicale dotée d’assez d’envergure pour définir  la relation spéciale existante entre cette dame et la littérature de jeunesse, c’est bel et bien le mot passion.  Avant d’y arriver, notons que Fatou Keita a vu le jour en 1955 à Soubré en Côte d’Ivoire. Bien qu’elle ait  fait des études primaires à Bordeaux en France, elle a poursuivi son cursus en Côte d’ivoire. Par la suite, elle a fait des études francophones en Angleterre avant de retourner une fois de plus  dans son pays natal  pour enseigner à l’Université. Pour ce qui est principalement de la littérature de jeunesse, cette dernière s’est particulièrement  illustrée. Tout comme Murielle Diallo, elle a remporté le premier prix de littérature Francophone pour enfants  organisé par   l’ACCT avec son livre le petit garçon bleu (1996), un véritable chef d’œuvre qui a été traduit en anglais et même en allemand.  Assez diversifiée,  elle navigue entre album,  roman et contes.  Dans un entretien,  Fatou Keita affirme : « Les histoires pour enfants, j’en ai plein la tête ! Si mon éditeur arrivait à suivre, j’en publierais certainement plus. »[3] Elle est particulièrement préoccupée par la transmission de la mémoire et de la culture aux  enfants africains. On peut relever cet objectif dans la publication de l’album : A l’école du Tchogolo. Entre autres publications,  il faudrait retenir : le boubou du père Noël, le petit cheval de Dalarna etc…

 Investie dans  la promotion de la culture africaine, cette grande dame a aussi réalisé des livres de jeunesse audio en CD avec des accompagnements musicaux des instruments africains tels que la Kora et les tambours.  En outre, elle a aussi mis en  relief la langue dioula (une langue nationale de Côte d’Ivoire, probablement la plus parlée). Elle  a plus de  22 livres de jeunesse à son  actif.

3-Jeanne de Cavally

Source de l’image : https://aflit.arts.uwa.edu.au/CavallyJeannede.html

Née Jeanne Goba, elle est  l’une des figures marquantes de la littérature de jeunesse en Afrique en générale et en Côte d’Ivoire plus spécifiquement. A juste titre, on a à faire à  l’une des  pionnières.    Elle  naquit  en 1926, bien qu’il y ait très peu de données sur elle lorsqu’on s’engage dans une recherche profonde en ligne, il faut tout au moins noter que cette dernière  a  passé son enfance à Tabou puis à Abidjan.  Elle est ensuite allée au Sénégal, s’y est mariée. Elle enseigne comme institutrice après avoir obtenu son diplôme, le  CAP des instituteurs, nous sommes alors en 1957.[4] Elle deviendra plus tard directrice d’école en Côte d’Ivoire puisqu’elle y retourne avec son mari.

            Pour ce qui est de la littérature de jeunesse, habituée  aux tout-petits en qualité d’institutrice, de mère d’enfants et plus tard grand-mère, elle s’est toujours sentie beaucoup plus proche des tout-petits. C’est pour cette raison que lorsqu’elle était encore étudiante, elle écrivait déjà. Elle se lance résolument dans la littérature de jeunesse en 1978 avec son œuvre Papi (nouvelle édition africaine). Dans un entretien, elle attire l’attention sur sa mission : «  je veux montrer aux enfants leur environnement quotidien,  leur apprendre leur culture, je n’écris pas pour faire fortune. J’aime écrire et j’ai un but en m’adressant aux enfants. »[5] Remarquablement,   Jeanne de  Cavally  a commis des bestsellers dans le domaine.  Ses œuvres telles que : Pouê-Pouê (1981) ; Papi (NEA[6] 1981), le réveillon de Boubacar (NEA, 1981) ont connu un succès virevoltant.  En outre, elle a participé à la rédaction des contes de Côte d’Ivoire publié par Clé internationale NEA. Aussi,   les 11 et 12 mai 1993 lui ont été consacrés par l’AIPL (Association Ivoirienne pour la Promotion de la Lecture), journées pendant lesquelles des acteurs de la culture en générale ont échangé sur sa vie, son parcours et sa contribution pour la littérature de jeunesse en Côte d’Ivoire. 

A ce jour,   le prix Jeanne de Cavally, décerné aux acteurs de la littérature de jeunesse depuis 2002, est l’un des rares prix existant en Afrique subsaharienne dans le secteur du livre jeunesse.  En effet,  le « Prix Jeanne de Cavally pour la littérature enfantine récompense des ouvrages pour enfants écrits en français et proposés par les maisons d’éditions professionnelles, les auteurs ou illustrateurs de tous pays assistant au SILA. »[7] On peut le dire c’est aussi une marque de reconnaissance pour cette brave dame, qui malheureusement est passée de vie à trépas en 1992 à 66 ans.  Elle reste malgré tout gravée dans les mémoires.  Suivant la même logique, une autre femme mérite amplement sa place dans cette liste.

 4-Marguerite  Abouet

Source de l’image : https://forbesafrique.com/marguerite-abouet-militante-de-la-creativite-africaine/

Si vous avez déjà entendu parler du  très célèbre festival d’Angoulême[8],  Maguerite Abouet devrait vous dire quelque chose. Tout comme Murielle Diallo, elle a un bagage plutôt impressionnant : écrivaine, scénariste  et réalisatrice , elle  a remporté haut la main le premier prix   à ce festival avec son  album  Aya de Yopougon, en 2006. Une œuvre très bien accueillie par la communauté qui l’a vraiment propulsé au-devant de la scène.  D’ailleurs  elle a été traduite  en pas moins de 15 langues, est devenu l’un des plus gros succès sur Netflix. Déjà, ce titre rappelle pleinement son enfance en Côte d’Ivoire puisque née en 1971, elle a grandi jusqu’à l’âge de 12 ans  avant de se rendre en France.  Elle fut précocement connectée aux histoires pour enfants racontées par son grand-père.  Plus tard, traversant des situations inconfortables    dans son emploi de bonne à l’âge de  17 ans, elle a commencé à écrire pour ne pas devenir folle.  Ayant confirmé avec Aya de Yopougom, elle enchaîne en collaboration avec Mathieu Sapin  en publiant le premier volume d’Akissi, une série de la jeunesse inspirée de son enfance pimentée.  Le succès de ses productions l’introduit dans le monde de l’audiovisuel puisque Aya de Yopougon arrive au Grand écran  et Akissi  sur petit écran.

Visionnaire, et fervente  actrice pour l’accès à la lecture, elle met sur pieds en 2008, l’association Livres pour tous  dont la mission principale est de créer les bibliothèques dans les quartiers défavorisés  des grandes villes africaines. Elle a aussi commis le commissaire Kouame.

5- Véronique Tadjo

Source de l’image : https://www.lecteurs.com/auteur/veronique-tadjo/3112515

« Véronique Tadjo est poète, romancière, universitaire, peintre et auteur de livres pour la jeunesse qu’elle illustre elle-même. Elle est lauréate du Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 2005. »[9] Cette succincte et impressionnante description en dit long sur   Véronique Tadjo.   La polyvalence est visiblement un de ses atouts de prédilection. A la différence des autres,  elle  n’est pas entrée précocement dans le bain la littérature de  de jeunesse, toutefois elle en est  devenue une figure de proue en Côte d’Ivoire. La preuve, la finale de l’extrait ci-dessus  rappelle qu’elle n’est pas seulement auteure de livres de jeunesse mais qu’elle est également  illustratrice puisqu’elle est détentrice d’un talent de peintre. Son talent reconnu internationalement  lui a permis d’animer des ateliers d’écriture et d’illustration à travers le monde et plus précisément en Afrique. Bien qu’elle ait vu le jour à paris en 1955, elle a grandi  et  fait ses études secondaires  en Côte d’Ivoire   avant de s’envoler plus tard  pour Toulouse puis à l’Université Sorbonne Paris IV  pour les études supérieures couronnées par l’obtention d’un doctorat  en Etudes Afro-Américaines.  S’il est vrai qu’elle a publié des recueils de poèmes et de romans,  il faudrait tout de même retenir qu’elle a été plus prolifique   avec les œuvres de jeunesse et plus précisément dans la production des albums.   Elle compte  plus de  12 titres entre autres, on peut citer : Le Seigneur et la danse (NEI 1993), Le grain de maïs  magique (NEI 1995), Si j’étais roi, si j’étais reine (NEI 2004).   Dotée d’une audace rare sur le plan thématique,  elle s’attaque au sujets assez délicats comme l’apartheid d’où sa publication toujours  dans le registre de la littérature de jeunesse,  de l’œuvre Mandela, non à l’apartheid (Actes du Sud Junior 2010).  

En conclusion, on peut constater  que la Côte d’Ivoire se démarque remarquablement  quand il s’agit de littérature de jeunesse. En effet, ce pays est doté des amazones  rompues à l’art des œuvres de  jeunesse. Plus encore, certaines ont même une double casquette puisqu’elles sont aussi des illustratrices de talent. Nous ne prétendons pas avoir fait le tour  car il en existe d’autres telles que Michelle Lora. Si vous avez en tête des auteurs contributeurs qui font la fierté de la Côte d’Ivoire, vous pourriez simplement inscrire  leurs noms en commentaire.  


[1] Le CEDA – Centre d’Édition et de Diffusion Africaine, est depuis l’origine une société d’économie mixte créée en 1961 par des éditeurs français (HATIER, DIDIER et MAME), et l’Etat de Côte d’Ivoire in https://www.bibliopoche.com/editeur/CEDA/356.html

[2] L’ACCT (Agence de Coopération Culturelle et Technique) créé en 1970, est devenue en 1996 l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie avant de s’intégrée au sein de l’Organisation Mondiale de la Francophonie en 2006.

[3] https://takamtikou.bnf.fr/dossiers/dossier-2016-la-belle-histoire-de-la-litterature-africaine-pour-la-jeunesse-2000-2015/je-veux-que-nos-enfants-soient-fiers-entretien-avec

[4] https://cnlj.bnf.fr/sites/default/files/revues_document_joint/PUBLICATION_5346.pdf

[5] https://cnlj.bnf.fr/sites/default/files/revues_document_joint/PUBLICATION_5346.pdf

[6]   Nouvelles éditions ivoiriennes.

[7] https://takamtikou.bnf.fr/vie-du-livre/2018-03-14/quel-laureat-pour-le-prochain-prix-jeanne-de-cavally-pour-la-litterature-enfantine

[8] LE Festival d’Angoulême est le deuxième plus important festival de bandes dessinées en Europe.  Il a Lieu en France en Europe.

[9] https://www.lecteurs.com/auteur/veronique-tadjo/3112515

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