Le livre, ce médicament  aux vertus multiples

Muna Kalati

De nombreuses afflictions, infections et pathologies liées au corps humain trouvent aujourd’hui des solutions à travers des thérapies relevant de la médecine. Or, l’humain étant doté de chair et d’esprit, toutes les instabilités dans le fonctionnement de l’esprit ne sont pas comblées par de simples pilules ou des compléments alimentaires. A cet effet,  le livre en général, même si on peine et on traine à le concevoir, est considéré comme une véritable potion contre de nombreuses instabilités émotionnelles et psychiques.  Le livre  permet de s’évader, d’imaginer, de créer, de découvrir, de se découvrir, de faire grandir l‘esprit quand le corps est incarcéré ou paralysé.  

Marcel Proust dans son texte Sur la lecture donne un indice sur le concept de bibliothérapie lorsqu’il parle du rapport entre lecture et thérapie, il suggère la lecture comme un soin psychothérapeutique. On peut ainsi considérer que la bibliothérapie fait partie de «l’art-thérapie», car elle permet  aux personnes en difficulté (psychologique, physique, sociale ou existentielle) de guérir par le moyen de la lecture, de préférence la lecture à haute voix.

Partant de ces vertus autour de la lecture, Muna Kalati s’est donné pour objectif d’aller vers des personnes en difficultés et de partager des moments de lecture avec celles-ci, d’où le concept « lire pour guérir ».

Le projet « lire pour guérir » est à sa troisième expérience et on ne saurait dire qu’en nous rapprochant des personnes dans ces conditions, plusieurs ont pu sortir de l’hôpital grâce à la simple lecture. Non ! Toutefois, les nombreuses activités réalisées autour du livre ont permis d’accentuer l’éveil, stimuler l’esprit, cultiver le gout du positif, développer les habitudes de prise de parole, et de nombreuses autres habitudes et aptitudes qui sont de véritables conditionnements psychologiques et même parfois physiques pour retrouver la santé.

 Pour la première édition nous nous sommes rendus à l’hôpital de district de la ville de Dschang où nous avons partagé des moments de lecture plaisir avec les enfants malades,  pour davantage montrer que la lecture peut être  thérapeutique, le livre étant considéré ici comme un médicament et un très bon et beau cadeau pour l’enfant. Parents, enfants, personnel soignant ont été émerveillés par la pléthore d’activités, le décor établi sans oublier les cadeaux remis à chaque enfant. On pouvait apercevoir dans chaque cadeau au moins un livre jeunesse.

La deuxième phase du projet s’est déroulée avec les déplacés internes  de la « crise  anglophone », question de faire du livre un instrument pour aider ces enfants victimes de guerre dans leurs régions à surmonter la peur et l’angoisse liés à cette période difficile tout  en  comprenant la réalité actuelle et en s’intégrant progressivement. Au sortir de cette rencontre riche en émotions et en partage, des livres jeunesses ont été  une fois de plus distribués aux enfants en guise de souvenir et de symbole de paix.

Pour la troisième phase, nous comptons aller vers les mineurs de la prison centrale de Dschang.

Conscient du fait que, le milieu carcéral prive le prisonnier de sa liberté, nous pensons que c’est un  lieu idéal pour les initiés ou non-initiés surtout, de s’adonner à la lecture non seulement pour se distraire mais aussi pour s’instruire davantage. Plusieurs jeunes  se retrouvent en prison pour diverses raisons, et le livre peut contribuer à la rééducation de ceux-ci, et même faciliter leur réinsertion dans la société. Lire pour guérir c’est aussi guérir des fautes commises, des traumatismes, des séquelles psychiques et bien d’autres maux. C’est libérer l’esprit même si le corps est enfermé.

Lire avec les mineurs de la prison centrale de Dschang sera encore une autre occasion d’offrir aux jeunes Africains des livres conçus pour eux avec des héros qu’ils pourront prendre pour modèles dans la société afin de devenir des citoyens exemplaires.

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